Thursday, December 19th 2013
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Autres Monologues pour femme seule: Canned Dancing





(c) Marcos André
(c) Marcos André
L’autre jour, j’ai rencontré un type en boîte de nuit. Il m’a paru cool et sympa. Il n’était pas mal du tout. Enfin c’est ce qu’il m’a semblé… on ne voit pas très bien dans les boîtes de nuit. Avec tous ces spots qui bougent… c’est parfois difficile de se fier à la première impression, de cerner un visage… Je ne vous cache pas que des fois à la sortie on a des surprises… Monsieur Waoh ! se transforme en M. Beurk ! et même en horrible M. Hulk…

J’avais envie d’entamer la conversation avec ce mec… j’avais grand besoin de me coller à lui, de le peloter un peu, de sentir sa peau... Ces pectoraux… la largeur de son dos, ses biceps étaient… mmm... très attachants. Et la tablette de chocolat qu’il cachait sous son tee-shirt moulant ne semblait pas du bidon. Je l’aurais bien dégustée. Et je l’aurais même dévorée sur le coup. Devant tout le monde. Mais par pudeur... ou par pure connerie... je me suis retenue… Je me suis contentée de le regarder... d’une manière oblique... l’air de rien.

Comme si je m’emmerdais. Comme s’il m’emmerdait...

Lui par contre il ne s'est pas gêné. Il m’a matée de la tête aux pieds... un sourire aux coins des lèvres. il m'a passée à la loupe, me déshabillant sur place. J’avais envie de lui dire : « Hey coco ! tu crois pas que tu vas un peu vite en besogne ? On n’est pas encore en train de faire des galipettes tous les deux alors calmos ! » … c’était gênant son petit manège….

J’ai baissé les yeux....
et là malheur !

il y avait un bout de coton qui dépassait de mon décolleté en V jaune fluo … j’ai fait du mieux que je pouvais… Tout en swinguant sur place, j’ai croisé les mains sur ma poitrine l’air indifférent… J’étais boogie woogie… Je me trémoussais à droite à gauche tout en épiant mes voisins… Tout en les regardant d’un air détaché… Je voulais faire ça à la diplomate… alors quand j’ai senti arriver le moment opportun j’ai enfoncé discrètement le coton avec mon pouce droit, bien au fond de mon soutien-gorge. Le plus profondément possible… Là… Doucement… Subtilement… Minutieusement…

L’opération de sauvetage terminée, j’ai pris un air smart et exalté, du genre : « je m’éclate un max en boîte ! Pas vous ? ». Je me disais que ça ferait plus naturel de m’accorder à l’ambiance électrique de la discothèque… de me fondre à la déco branchée.

J’en ai profité pour jeter à nouveau un regard furtif sur mes deux…

Super ! Voilà que j’en avais maintenant un plus gros que l’autre ! et qui plus est difforme !

Le temps pressait. J’ai eu une illumination subite : « se masser les bonnets pour les sculpter ». J’ai commencé la manœuvre illico presto. Je me les suis pris à pleines mains… Ce n’était pas gagné d’avance. Je me suis mise à bouger avec encore plus d’énergie … Je me disais que je me ferais moins remarquer si je me la jouais hystérique côté jelly. Jelly mais version Nicky Minaj... A la Saturday Night fever comme qui dirait... mais vue de dos ! Je me suis déhanchée tout en les tâtant. Je les ai super bien malaxés… Je les ai triturés jusqu’à obtention de deux boules hyper compactes... Le tube se terminait. J’ai poussé un ouf de soulagement.

... Je ne sais pas pourquoi mais lui ça avait l’air de l’avoir super excité ce que je faisais. Il semblait vraiment apprécier… ma façon de danser... le booty. D’un seul coup j’ai pensé : « et si on couche comment je fais ? Le noir… oui il faudra le noir complet… C’est cela !... yes ! Nous cacherons ces seins qu’il rêve de voir.... .....Mais même dans le noir, il va bien s’en apercevoir que je suis complètement rembourrée sous mon... !… »

Franchement cela sentait la soirée grillée...

J’ai tourné la tête tout en continuant à le regarder du coin de l’œil. Tout à coup il s’est lancé... Bigre ! quel canon ! Il s’est avancé vers moi, nonchalamment, sûr de lui. Ce qu’il était sexy ! Il avait la démarche féline… … Il dégageait vraiment quelque chose ce type… Arrivé à ma hauteur il m’a dit : « Tu danses bébé ? ».

Ça voyez-vous, ça m’a carrément énervée. Bonjour la drague ! Sa tirade, elle sentait le noir et blanc à plein nez.... et même l'odeur de renfermé... Alors monsieur roulait des mécaniques avant même qu’on fasse connaissance sous prétexte que je suis un bon coup ? Il croyait que l’affaire était déjà dans le sac ! Mais je ne prends pas forcément tout ce qui me tombe sous la main ! Je ne suis pas une enseigne lumineuse avec marqué en grosses lettres : « Ouvert de jour comme de nuit ». Qu’est-ce qu’il croyait ? Que j’allais me jeter sur lui ! ....Les mecs croient toujours qu’il leur suffit de claquer des doigts pour que les nanas accourent ventre à terre... Il a insisté : « Un petit slow, ça te dit ? » Alors je lui ai répondu méchamment : « Non, merci je préfère le ski ».

C’est sorti comme ça. Je n’ai pas réfléchi. Je n’ai pas mesuré la portée de mon message... Il a froncé les sourcils, puis a pris un air étonné, et m’a observée silencieusement, les mains sur les hanches. Avec un côté du visage qui souriait. Ça donnait une expression du style « elle est drôle cette meuf. Elle est déchirée ou quoi ?. »

Il s’est éloigné de quelques pas, histoire de m’envisager dans sa soirée…
De me tirer un peu mieux le portrait.

C’est vrai que j’avais les yeux qui brillaient, qui étaient même hyper rouges. Mais ce n’était pas de ma faute. C’était à cause du maquillage... Le khôl avait dégouliné... avec la chaleur. Et avec les lentilles ça ne fait pas bon ménage. Bon c’est vrai que j’avais un peu sniffé... histoire de me mettre en jambes…
Toujours est-il que les lentilles, je ne peux pas les supporter plus de cinq heures d’affilées. On était en plein milieu de la nuit.... Chéri, deux heures du mat’, j’ai des lésions…prunelle explosée… limite déchiquetée....

Je lui ai fait un grand sourire. Histoire de le rassurer. Puis j’ai fermé les yeux, tout en continuant de sourire, histoire de me soulager. J’ai réouvert les yeux au bout d’une minute. Ouf ! ça m’avait fait un bien fou ! Lui, il était toujours planté là à me zieuter d’un air étrange, dubitatif et amusé en même temps. Il me fixait, tranquillos… appuyé contre le mur. Il me considérait fumant calmement sa clope.

Je me suis sentie mal à l’aise... cette insistance à me... j'ai commencé à baliser… le coeur en mode turbo fast & furious… Je me suis dit : « Putain assure ! pour une fois que quelqu’un te drague ! assure ! ». Il fallait faire vite, Tout se bousculait dans ma tête. Dans l’urgence, j’ai opté pour la position bouddhique. J’ai serré mon majeur contre mon pouce… du genre : « attends, deux petites secondes !, je reçois un message subliminal, j’atteins le nirvana technotronique, je médite, je capte les ions positifs de la boîte de nuit ».

J’ai soufflé. Expiré lentement. Puis je lui ai montré ostensiblement toutes mes dents. J’ai recommencé l’exercice trois fois de suite. Il me fallait au moins ça...

Il s’est posté face à moi, l’air perplexe. Attendant, décontenancé. Ben quoi ! c’est vrai ! je voulais juste me détendre ! Être opérationnelle pour la suite des événements.... Comme il avait l’air intéressé, j’ai tenté de lui expliquer la portée sophrologique et kharmique de ces exercices physiques. Mais je bafouillais… je vacillais... Ces talons... quel supplice ! j’ai failli me vautrer en beauté... Heureusement il m’a retenue : je me suis laissée aller contre lui. J’en ai profité !.......... Enfin j’en ai profité un milliardième de seconde parce qu’aussitôt…… j’ai rebondi. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi. J’ai eu l’impression de heurter un matelas de ressorts, un trampoline. Je suis allée taper contre le pilier qui se trouvait à ma gauche.

Je m'y suis accrochée comme un naufragé sur sa bouée. Opération stabilisation. Super sonnée. C’était du style triple salto arrière et double axel avec boucle piquet et fondus enchaînés ! Je pigeais que dalle à ce qui se passait... Je me suis redressée du mieux que j'ai...

Qu’est-ce qu’ils foutaient sur le parquet les proprios de la boîte : de l’huile ?... J'ai fermé les yeux. Mais ça continuait. De tournoyer... en boucle.... A l’intérieur....

Je suis restée là, me cramponnant de tout mon long. Avec la gerbe qui montait... sournoise. Au bout de quelques minutes j’ai pris une grande inspiration. J’ai relevé la tête... d’une main j’ai arrangé mes cheveux... dégagé de mon visage les quelques mèches rebelles qui me gênaient.... Je les ai envoyées méthodiquement derrière mon épaule… De quelques coups de tête… L’air classe…

Soudain le pilier est venu se fracasser contre ma tête. ah la la ! ça fait mal ! ça fait atrocement mal !… mais je me retiens de crier… Je me mords les lèvres et malgré la douleur je me la boucle… Et je ris jaune foncé car je sais que je vais être carrément amochée…

Alors je lui ai fait un sourire jusqu’aux oreilles et… je me suis lâchée. C’était laborieux. J’essayais de ne pas me regarder les pieds…. De savoir où j’allais… C’est drôle mais j’avais la nette impression d’avoir une jambe plus courte que l’autre… De claudiquer… J’ai baissé la tête. Non mes deux talons étaient là. Intacts. J’ai avancé à pas comptés. Tâtonnant le sol.

Il s’est à nouveau marré. Puis il s’est avancé à ma rencontre : Ça vxx........ ? Tu te xxx ? xxx t’oxxe un vxxe ?… Impossible de décrypter de ce qu’il disait avec cette zique à te faire rocker les tympans. Il m’a pris par la main et m’a traînée loin de la piste de danse. C’était comme si je glissais dans les airs, fluide, sylphide suspendue au bras de mon prince charmant, décollant du sol par endroits. Une sorte d’envolée lyrique. J’ai atterri sur un tabouret. On s’est retrouvé tous les deux accoudés au bar. Les yeux dans les yeux. L’arrière-fond vaporeux. Il me passait la main sur l’épaule pendant que je sirotais une pińa colada.

Je m’appelle Richie !
Ah ouais sympa Richie… Moi c’est Tabata…

Je lui ai dit le premier prénom en trois A qui me soit passé par la tête. J’ai bien articulé en avançant mes lèvres vers les siennes tout en me caressant le cou...

J’ai lu dernièrement dans un magazine que les 3A excitaient plus les hommes. Alors j’ai voulu essayer. Voir si ça marchait. Si je lui avais dit : « salut, je me présente, je m’appelle Géraldine Lemercier », je ne suis pas sûre que ça lui aurait plu.

« Hum… t'es cool comme fille" a-t-il répliqué en me passant la main dans le dos. J’étais en ébullition : je voulais mettre la main à la...... moi aussi… J’ai avalé d’un trait mon verre histoire de me garder le cerveau au frais. « Tu en reveux un autre ? » j’ai acquiescé et je me suis branchée direct en mode descente rapide. Après quelques belles chutes direct dans mon gosier, il m’a offert une cigarette. « Je ne fume que des cigarettes coniques… ai-je ajouté l’air distingué ». Ben quoi… Je voulais juste lui dire que je ne fumais que des cigarettes de qualité... Des cigarettes maison. De pure tradition. Roulée à la main. Avec amour. Avec passion. Pas comme ces cigarettes industrielles de merde remplies de pesticides !…

Soudain une meuf s’est pointée, surexcitée. Un genre de Lady Gaga au rabais côté fringues assortie d’une gueule de pouf. La bouche en forme de cul de babouin…… Quoi ? J’essayais de lui piquer son mec ? Quoi: "Pétasse"??? Je lui ai crié : « T’as un fusible qui a sauté ! Dégage connasse ! Tu me pompes mon oxygène ». Elle a continué à me saturer les oreilles de sa voix stridente, me tirant les cheveux. Alors là moi ça ne m’a plus fait rire du tout cette comédie !

Rideau ! Spectacle terminé ! Je lui ai balancé mon verre dans la tronche et j’ai pris mes cliques et mes claques. Je me suis tirée vite fait bien fait… L’autre m’a couru après. Trop tard ! Je l’ai envoyé promener ! Et puis quoi encore…

Un taxi m’a ramenée à la maison.

Il a fallu négocier: le chauffeur ne voulait pas qu’on salisse les tapis et encore moins les sièges...

Qui plus est il n’avait pas de sac pour ça.

Il a fallu parlementer pendant dix minutes. Je lui ai dit que je resterai la tête hors de la portière si ça l’arrangeait.

Bonjour le speed dans les rues de Paris ! Par moment la bagnole décollait et se penchait… J’ai beuglé : « Hey Joe ! vas donc chez Speedy ! En trente minutes la pause est gratuite ! ». Apparemment monsieur du taxi n’avait pas que des problèmes d’amortisseurs. La direction aussi devait être esquintée. Idem pour les freins parce que les feux rouges, il les grillait tous sans exception !... il n’arrêtait pas d’accélérer ce chauffard. J’avais envie de lui dire : « on n’est pas à Magny. Ta caisse c’est pas une Ferrari. Mollo Duchnoc ! ». Au bout d’un moment c’est devenu insupportable : il poussait sa caisse à fond les grelots............ Je tanguais......... Il slalomait. Zigzaguait entre les voitures......................... J’étais tétanisée. Ballottée. Retournée.............. Je me contractais alors forcément tout remontait............. Ça devenait intenable. J’ai fini par crier : « Pitié je vais gerber ! ». Il a accéléré de plus belle. J’avais envie d’ouvrir la portière et de sauter. Alors j’ai sorti mon parapluie automatique et j’ai hurlé de toutes mes forces : « Putain moins vite ou je te descends ! Je te butte t’entends ! ». Il a regardé dans le rétro et m’a répondu : « la ferme ! ». Il a continué à faire monter la pression puis soudain les pneus ont crissé et j’ai reçu le siège avant en pleine figure. « On est arrivé ».

J’étais à moitié dans le cirage. J’ai ouvert les yeux. « Ah bon ? c’est vrai ?. Ok Je vous dois combien ? ». J’ai sorti mon porte-monnaie et je lui ai tenu un billet de 20, ou de 50 euros je ne sais plus... « Gardez la monnaie » ai-je marmonné. C’est à peine si j’ai eu le temps de descendre. Il a démarré et s’est dépêché de filer. J’ai gueulé : « ça t’arracherait la langue de dire merci ? »

Je me suis dirigée vers mon immeuble. En longeant le mur j’ai accroché mon collant et me suis éraflé le genou. En prenant l’ascenseur j’ai soudain eu un flash ! « Et Lili, et Zoé ? Mais où étaient passées les copines ? Larguées, évanouies dans la nature… Devant ma porte, un quart d’heure pour trouver la clé. En entrant dans mon appartement j'étais naze de chez naze. Je me suis affalée sur le lit. J'ai rêvé de tout un tas de conneries…

Le lendemain matin quand je me suis vue dans la glace j’ai crisé :
bosse sur le côté ;
une gueule pas possible de déterrée...
les yeux tout charbonneux.... prunelles niquées
joues encrassées,
..................................énorme bouton sur le menton…

Et pour finir : malade à crever.

Sabine Chaouche



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