Wednesday, December 11th 2013
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Autres Monologues pour femme seule: Funky Specimen





(c) Raymondlo84 wikicommons
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Décor nu. Lili entre sur scène. Tenue jeune, jean et chemisier. La trentaine. Voluptueuse sans être grasse. Une chaise, côté jardin. Un cabinet de médecin côté cour.

Avant les mecs je les trouvais tous moches. Rien de ragoûtant… J’étais vraiment une fille difficile. On me disait que j’étais spéciale. Seuls les acteurs ou certains chanteurs me plaisaient. Qui se ressemble s’assemble, il paraît... Mais ma cousine Sandra me disait que c’était désespéré pour moi. Qu’une petite boule n’a rien à faire avec un playboy. Que je n’avais qu’à me chercher un petit gros. Oui c’est vrai que j’étais suis un peu rondelette, que j’avais des formes… une belle poitrine en poire, et…. une petite bouée autour du ventre. Mais c’était juste une toute petite bouée… à peine gonflée… c’est vrai que je n’étais pas très sportive : aquagym, fitness, stretching : très peu pour moi.

Pendant toute une période, les mecs que je croisais dans la rue ? je ne leur souriais même plus. Je ne me soignais plus. Je me disais : à quoi bon ! J’ai fini par déprimer et par la même occasion à… à augmenter de volume. Je gonflais à vue d’œil… ma copine m’a dit que je devais faire de la rétention d’eau. Que ça lui était déjà arrivé. Que ça pouvait se guérir. Je n’avais qu’à prendre des diurétiques. Au début j’étais sceptique… Je l’ai crue tout à fait lorsque ma cousine Sandra a fait une drôle de tête en me voyant, du genre « je réprime une grimace d’horreur à la vue de ce spécimen rare ». J’en ai avalé de travers ma salive. J’ai bien failli m’étouffer.

Elle m’a entraînée alors dans la cuisine en me tapotant sur le dos. « Bois. Ça te fera du bien. ». Elle a rempli un verre de 25 cl et me l’a tendu. « Bois. » (reculant). « Comment ça, non ». Je devenais rouge comme une tomate. Ça me piquait dans la gorge. « Bois tu verras, ça passeras ! » Mes yeux brillaient. Je toussais de plus en plus. « Mais tu vas boire à la fin. Arrête de faire l’andouille ! » (agitant les mains) « Non ?!!! ». Je commençais à suffoquer, à agoniser, à avoir le hoquet. Elle s’est énervée. « Prends ce verre ou je te le fais avaler de force ! Mais t’es pas nette ma pauvre ! à croire que t’es enflée ! ». (opinant du chef silencieusement). « Hein ? Il faudra arrêter ça ! » J’ai voulu parler. La rassurer. Lui dire que je ferai tout pour désengorger. Mais un « ut » est sorti de façon impromptue. Alors je me suis résignée à avaler le verre d’un trait pour faire passer la chose… Sitôt mon hoquet terminé j’ai tenté de lui expliquer. Mais elle n’a pas voulu écouter et s’est tirée. Elle était pressée. Elle devait retrouver son petit copain Hervé.

Seule, je me suis plantée devant ma psyché. J’ai vraiment balisé. Je me suis dit : « Avec toute l’eau que tu ingurgites chaque jour, tu vas bientôt ressembler à un tonneau ». Thé, café, fanta, coca, eau plate, eau gazeuse : terminé !

Le surlendemain, j’étais assise au fond du bus, à moitié dans les vapes, assoiffée, quand un individu s’est approché. Il m’a mis une carte sous le nez :
(le vieux sera joué en voix-off tandis que Lili s’assied)
— Invalide !
— (hébétée) Ce n’est pas la bonne ligne monsieur.
— (venimeux) J’ai la priorité !…
— (lentement articulé) Et-moi-je-suis-fa-ti-guée…
— Ces jeunes… ça ne connaît pas la politesse. Une bande de dégénérés. De malades mentaux.
Alors là, pas question que je bouge d’un centimètre ! Il m’avait énervée ce pépé. C’est vrai ! Comme s’il ne pouvait pas comprendre, ce papy mougeot, que j’étais crevée ? Au bout du rouleau ! Et puis qu’est-ce qu’il avait à venir m’ulcérer les neurones dès le matin avec sa carte à la main ! Je me suis contentée de le regarder d’un sale œil.
— Donnez-moi ce siège !
— (martelé mollement) Les places prioritaires sont à l’avant.
— Ce n’est pas une raison pour refuser la place à un vieil homme comme moi. Levez-vous !
Pépé ne l’entendait pas de cette oreille. Le vieux était au bord de la crise d’apoplexie. Une bonne femme à ses côtés s’est levée.
(Lili fait les voix)
— Tenez monsieur ! Prenez ma place.
— Merci… c’est très aimable à vous. Vraiment la jeunesse… Où va-t-on ? Désespérante.
— Désespérante ! Vous avez entièrement raison mon bon monsieur.
Tous les deux se sont mis à se sourire gentiment puis à me fixer, méprisants. (voix off : voix indistinctes puis marmonné par le vieux entre ce qui lui reste de dents) : une vraie petite enflure.
— (sursautant, piquée au 3e degré
). Est-ce ma faute à moi si je suis une handicapée de la vie avec mon hydropisie… ?

Tous les passagers se sont retournés. J’ai éclaté en sanglots. Je chialais à n’en plus finir. Le vieux était aux anges. Avec son visage tout ridé. J’ai pensé : « On dirait une vieille pomme desséchée. Lui au moins il n’a pas de problème d’hydropisie ! » Alors ma peine a redoublé. Les larmes perlaient, roulaient, dégoulinaient. Un mec m’a lancé : « Pleurez encore plus si vous pouvez, ça va vous soulager ! ».

En sortant du bus, j’étais lessivée. Vidée. Affolée. J’ai foncé à la parapharmacie. On m’a dit : ça vient des hormones. Associez piloselle et reines des prés. Aux grands maux, les grands remèdes ! J’ai tout acheté en bloc. J’ai dévalisé le rayon diurétique ! J’ai avalé une tonne de médicaments. Au bout de quinze jours je ne pouvais plus rien faire : ni me promener, ni bouger, ni vaquer à mes petites affaires perso. Je n’arrêtais pas d’avoir envie. L’enfer. Toutes les dix minutes, tous les quarts d’heure il fallait que j’y fasse un crochet, par les….. double U C. OK j’éliminais. Mais je me dévitalisais. Je perdais tout. Plus de punch, le moral à zéro… Un flan ! Alors je me suis rattrapée avec la bouffe. J’ai ingurgité deux fois plus.

Un mois plus tard mes amis se sont mis à m’interroger sur mon état de santé. Ils devenaient de plus en plus soupçonneux, inquiets…….. limite inquisiteurs. Ils me demandaient sans cesse si je ne leur cachais pas quelque chose… Si tout allait bien… si je n’étais pas sous cortisone !
Un jour que j’attendais à l’arrêt de bus un gamin s’est écrié :
— Maman t’as vu la dame… Elle attend un bébé ?
(haussant les épaules). Ben non ! D’où est-ce qu’il tenait ça ce gamin ? À moins d’être la nouvelle Sainte Vierge je ne vois pas comment j’aurais pu...
— Je ne sais pas Téo…
— Mais... je veux savoir… Pourquoi son ventre il dépasse du manteau ? dis maman… Pourquoi…
— Tais-toi Téo !!!…
— Pourquoi la dame elle ressemble à une vache… ?
— Arrête de dire des bêtises ou je te gifle.
— Mais…
Il ne pouvait pas fermer son clapet juste deux petites secondes !
— Si elle est comme la Noiraude.
— Téo !
— Elle est pareille que la grosse vache à tonton ! Elle prend toute la place…
— Téo qu’est-ce que je t’ai dit !
Je suis restée stoïque. Évitant l’esclandre. Une punkette a réagi.
— La ferme microbe ! Lâche un peu Peggy tu veux ?
Alors le petit merdeux s’est mis à entonner en me montrant du doigt :
— Cochonne ! cochonne ! cochonne ! C’est une cochonne ! une grosse cochonne !
— Allez viens téo on s’en va.
— Non !
— Allez pas d’histoires, mais tais-toi donc un peu !
— N’empêche que Peggy la cochonne elle ressemble quand même à une grosse vache à tonton ! … Je le dirais à Tonton que t’aimes pas sa vache…

Il faisait un raffut ce morveux ! Le bus est arrivé et je me suis dépêchée de grimper. Je me suis réfugiée au fond, j’ai tiré mon bonnet ras les yeux et me suis recroquevillée sur moi-même, le nez dans mon cache-col.

En rentrant quand je me suis vue dans la psyché…. Dilatée de tous les côtés. Débordant de mes fringues. Dimension XXL. Alors pas étonnant, quand j’ai revu Sandra, elle a grimacé en ouvrant de gros yeux ronds. Du style « elle est à gerber ! bientôt elle va rouler ! ». Je me suis trouvée mal. Comme si le cœur allait lâcher. « T’as la tête qui tourne ? Tu vas t’évanouir. ». Elle est partie en trombe dans la cuisine. Elle est revenue avec quelques morceaux de sucre. « Tiens. Avale. Ça te fera du bien. ». J’ai refusé. Elle a insisté. Qu’est-ce qu’elle voulait ? Ma mort ? Soudain je suis tombée sur le plancher. Lorsque j’ai ouvert les yeux j’étais allongée sur mon lit. Sandra m’étudiait de près. « Tu m’as fait une belle peur à tourner de l’œil comme ça ! C’est quoi ? Hypoglycémie ? Tétanie ? Épilepsie ? ». (Pathétique, fatiguée) « Juste un petit coup de calcaire ». Puis elle a ramassé son sac et son manteau, m’a embrassée : « Ciao cousine ! désolée je suis pressée, rendez-vous avec David. »

Quand j’ai abordé mes soucis avec Pat’ elle n’a pas hésité une seconde :
— Si tu essayais les laxatifs ?
— Qu’est-ce que ça va me faire ?
— Te nettoyer l’intérieur. Faire sortir tous les déchets.

Alors je suis allée direct à la pharmacie. Je voulais que ça fasse vite effet et être totalement désintoxiquée. J’ai triplé la dose. Pendant une semaine re-belotte, j’ai siégé à côté des double U C, prête à bondir sur le trône. C’est vrai que mon ventre s’était sérieusement aplati. Mais j’ai décidé d’arrêter les frais. Je déprimais. Pat’ m’a dit : « Si tu sortais peut-être que tu rencontrerais des garçons ». (ulcérée) « Comment veux-tu que je fasse, cela fait deux mois que je campe à côté de la cuvette des chiottes ! ». Elle s’est mise alors à jouer les rédactrices de magazine féminin : « Pour perdre ce double menton suis un régime hypocalorique. Mange diététique. Protéinique. »

J’ai alors commencé ma cure de dégrossissement. J’ai connu tous les produits light, toute la gamme substitut de repas, hyperprotéinée, hyper dégraissée, hyper dégueulasse. Calories par ci, kilojoules par là. J’ai fait des mathématiques à n’en plus finir. À tout peser. À soupeser la réalité de mon existence. J’ai fini par lâcher 10 kilos. C’était une victoire de gagnée. Mais j’étais lasse. Et toujours délaissée.

C’est alors que Pat’ a rappliqué. Je lui ai demandé :
— Et toi, comment tu fais pour avoir ce corps de rêve ?
— C’est simple je fume, ça me coupe l’appétit. Et je maigris sans me forcer. Sans produits. Les doigts dans le nez.

Je me suis dit : « Autant m’y mettre moi aussi ! ». Alors je me suis mise à fumer comme un pompier. Je m’appliquais. J’avalais et je recrachais la fumée. Je la faisais sortir par les trous de nez. J’en étais à trois paquets par jour. J’avais l’impression d’être une cheminée. Je fondais à vue d’œil mais je ne pouvais plus le supporter. Je n’arrivais plus à respirer. Alors j’ai arrêté et me suis collée un patch sur le bras. Pour compenser. J’ai mâché des gommes. J’ai sucé des bonbons. Mastiqué des friandises. J’ai grignoté. Des amuse-gueules. Des barres chocolatées. Puis petit à petit j’en suis venue aux viennoiseries. A tout un tas de saloperies. Je me suis empiffrée. De frites. De gâteaux apéritifs. De beignets. De gigot rôti. De confiture. De cheeseburgers. De nuggets. De cacahuètes. De camembert. D’œufs mayonnaises. De compote. De crevettes. Je mélangeais tout. Sucré, salé. Ça devenait incontrôlable. Ingérable. Je me bâfrais à longueur de journée ! J’étais au bord de l’indigestion. De la congestion cérébrale. De la crise identitaire. C’est sûr, je ne savais plus quoi faire. Quand je suis remontée sur mon pèse personne, j’avais repris 12 kilos. D’un coup.

J’étais prête à me jeter par la fenêtre lorsqu’on a sonné à la porte. C’était Pat’. Je l’ai suppliée de trouver une idée pour me sortir de l’obésité.
— Et si tu te faisais liposucer ? C’est très bien si tu es pressée.
— Ah oui ?
— En une opération la graisse disparaît.
— Totalement ?
— Oui. Entièrement désintégrée.
Le jour même j’ai pris rendez-vous chez un spécialiste de chirurgie esthétique. Le jour J il m’a fait entrer dans son cabinet.
(lumière côté cour : le cabinet)
J’ai soulevé mon pull et je lui ai dévoilé mes fessiers. Il m’a contournée, a hoché la tête du genre « Effectivement. Il est temps. Il est grand temps. » Il a ajusté ses lunettes sur son nez :
(le docteur, voix off)
— OK, mais ce n’est pas assez…
— Comment ça, « ce n’est pas assez » ?
— Je me suis mal fait comprendre. Veuillez m’excuser. Déshabillez-vous je vous prie.
— Hein ? que dites-vous ?
— Otez vos vêtements.
— J’enlève le bas ?
— Bien sûr. Et le haut.
— Ah… (rechignant et le suppliant du regard) Le haut ?
— Oui. Le soutien-gorge. Le slip… tout.
— Mais…
— Tout.
— Tout ?
— Oui : tout ! À poils ! Et que ça saute !
Je tremblais. Il piaffait d’impatience. Les yeux lui sortaient de la tête. Qu’est-ce qu’il m’intimidait ! Je n’arrivais plus à déboutonner mon chemisier. Il semblait excédé. Prêt à mordre. Je frémissais. M’emmêlais les pinceaux.
— Alors ça vient ! C’est horripilant à la fin !
— Oui. oui… (hésitante et bredouillant) C’est parce que… je… je… Je suis pudique…
— (se crispant et beuglant) Écoutez vous me faites perdre mon temps ! Et le temps c’est de l’argent ! C’est le moment ou jamais ! Alors choisissez : accélérez ou partez !
— (bafouillant de plus belle) Mais… oui bien sûr… tout de suite… À vos ordres.
— (s’asseyant et d’un ton lyrique) À vous de voir si vous voulez réellement vous transformer. Il ne tient qu’à vous de passer de l’état de lardon à l’état de papillon. À métamorphoser votre pâle existence en une vie trépidante et attrayante… Une vie pleine de charme érotique et d’aventures fantastiques… (avec emphase et terminant en en beauté) Il faut vous désinhiber !… Vous décontracter !!!… Vous libérer de ces kilos en trop. Comprenez-vous ? Dé-coin-cez-vous donc ! Set you free ! Free ! Free ! Free !
— Oui… oh oui oh oui ! oui oui ! oui !!!!
— Alléluia !!!
(Lili en culotte, chemisier ouvert et en soutien-gorge)

Je suis passée à la vitesse supérieure. J’ai arraché le reste de mes fringues et je les ai jetées sur la chaise, tandis qu’il prenait place derrière son bureau. Il s’est mis à réfléchir longuement, l’air soucieux, la tête entre les mains. Observant mes bourrelets. Puis il a levé les yeux : « Ça ne va pas être du gâteau. Il y a du boulot… Il faudra pomper, pomper, pomper… » Et il a ajouté en se frottant les mains : « Si vous y tenez, je vous pomperai. Tout. Tout ! Ne vous inquiétez surtout pas, nous réussirons à vous enjoliver. D’une manière ou d’une autre. » Il était satisfait. J’étais surexcitée. « A quand l’opération ? »

« Minute ! Ne nous dispersons pas. Je dois étudier le sujet. Le projet. Les détails. Le cobaye. Sous tous les angles. » Il s’est mis à arpenter la pièce l’air exalté, les yeux exorbités, traçant des plans, me calculant des chevilles à la taille, dessinant dans l’air des figures arithmétiques, géométriques, énigmatiques. « Je sais ! ». Il a saisi un énorme marqueur rouge dans sa main droite et un noir dans sa main gauche. Il s’est mis à me tourner autour. D’un seul coup il s’est jeté sur moi et s’est mis à tirer furieusement des lignes de tous les côtés, à me taguer les fesses et les cuisses, les hanches et le nombril, à faire des pointillés en long, en large et en travers sur mon ventre. J’étais striée de partout. Puis il s’est calmé. Il transpirait à grosses gouttes, haletant, souriant. (en faisant un clin d’œil) « Voilà. Je vous ai croquée mais bientôt vous serez à craquer. »

Il s’est épongé le front avec sa manche. Puis il a pris un air posé. La main sous le menton. Admirant son canevas. Ça faisait bien au moins dix minutes que j’étais plantée là, j’en avais marre. Alors j’ai esquissé un geste. (hurlant) « Ne bougez pas d’un iota ! ». Alors je suis restée là. Paralysée. Pétrifiée. Je commençais sérieusement à me les geler. Il est allé chercher un appareil photo. (tout guilleret. Sifflotant) « Sex bomb sex bomb, you’re a sex bomb ». (en riant) « Immortalisons cet instant ! Il faudra bien comparer le before et l’after ! ». Il a pris quelques clichés : de face, de dos, de côté, en biais, en 3D.

— C’est on ne peut plus utile pour l’intervention. Cela évite les efforts de mémorisation. Voilà. Plus qu’une et c’est terminé ! Vous pourrez souffler. Allez, venez donc vous reposer.
J’ai pris place sur le fauteuil qu’il me tendait. J’étais exténuée. Le nez me piquait. (Reniflant) :
— Je peux me rhabiller ?
(docteur en voix-off)
— Non. Pas tout de suite.
— Pourquoi ?
— Pas avant que j’en ai terminé avec vous a-t-il riposté. Assise !
— J’ai froid.
— Petite nature à ce que je vois.
— Vous ne mettez pas de chauffage ?
— Le froid voyez-vous, est un allié pour la santé. Il immunise, protège les tissus. Et surtout il durcit et entretient les muscles. Il empêche la peau de devenir flasque alors pourquoi aller prendre le risque de se détendre prématurément !
— Ah… Mais je peux mettre quand même mon écharpe ? Juste mon écharpe…
— Vous me pompez l’air à la fin !! Comment voulez-vous que je réponde à votre aspiration si vous me déconcentrez toutes les deux secondes ! Où en étions-nous ? Ah oui ! Les forfaits…
Il a exposé tous les détails de la manœuvre : de la consultation à la liposuccion, de la liposuccion à l’addition. Je n’écoutais que d’une oreille, frissonnant sur mon siège. J’étais pressée d’en finir, de m’en sortir, de m’enfuir. J’ai paraphé tous les papiers.
— C’est bon maintenant ?
— Pas tout à fait.
— Il me faut des arrhes. Comme on dit : « les bons comptes font les bons amis », n’est-ce pas ? Vous investissez en moi et moi je compte sur vous. Vous avez bien votre chéquier avec vous ? Bien... Ce sera pour vous deux mille euros ! Attention, prix discount ! à ne pas rater... (Lili sortant celui-ci) Arrêtez de réfléchir... voilà... on y arrive.... (vérifiant le montant). Bien bien bien ! Je vous félicite ! Vous avez fait le bon choix. La liposuccion c’était la meilleure option. Voilà. Affaire conclue. Oui !...Vous pouvez…

Le lendemain j’avais une crève pas possible. Le nez bouché. Les poumons asphyxiés. La gorge enflammée. Une fièvre de cheval. Ma cousine Sandra est arrivée. J’ai péniblement ouvert.
— Tu devrais appeler le docteur Chambonnière.
— Non.
— Mais si ! Il va t’ausculter !
— (toussotant) Jamais !
— Tu as peur qu’il te tripote ?
— Pfff !
— Si tu n’as peur de rien pourquoi refuses-tu de te laisser examiner ?
— Je t’en pose moi des questions ?
— Il te fera juste une petite piqûre et ta fièvre sera vite terminée.
— (toussotant) Plutôt crever ! Il n’a qu’à faire des ordonnances (toussotant) de son cabinet.
— C’est cela ! N’importe quoi ! Le docteur Chambonnière fait ses consultations à domicile. Et puis il est super mignon non ? Quel âge il a ?
— (la voix rauque) La trentaine.
— Bon alors je l’appelle de suite !
Une demie heure après il sonnait à la porte. Lorsqu’il a pénétré dans ma chambre j’ai tiré les draps et je les ai remontés sous mon nez. Il s’est approché et a pris place sur le rebord du lit. Il a ouvert sa trousse et a sorti une languette de bois. C’est une angine blanche. Voyons la tension. Votre bras.
— 10.6. Petite tension. Vous êtes vous dépensée ces derniers temps ?…
— Non… pas vraiment…
— Allez toussez ?
— Hrrr.. hrrrr… hrrreu...
— Quelle toux grasse ! Vous sifflez. Je vais voir ça de plus près.
— Soulevez votre chemise...
— …
— Allons !
— …
— Ne soyez pas stupide ! Je suis là pour vous soigner. Pas pour vous regarder !
J’ai baissé lentement le drap.
— Mais qu’est-ce que c’est que ça !
— (fondant en en larmes) Je suis un monstre ! Je veux mourir ! ….
— Arrêtez de…
— Je suis énorme !
— Nous allons arrang…
— Non ! je veux crever… (toussotant) crever… J’arrive pas à (toussotant) dégonfler (toussant de plus belle)
Je me suis mise à gémir, à me débattre, à donner des coups de pieds dans le sommier, des coups de tête dans l’oreiller. J’ai sauté du lit, hystérique, et je me suis défoulée en donnant des coups de poing sur la table de chevet et en me jetant contre les murs.
— Allons. Calmez-vous…
— Non ! Je veux mourir ! Mourir !!!
— Calmez-vous…
— Tout le monde me hait… Vous entendez ? Tout le monde me fuit…
— Lili !
— Je suis moche ! C’est une catastrophe !!! Au secours ! J’ai besoin d’un infirmier ! D’un gros pénis !
Il a empoigné sa mallette, a sorti une giga seringue, l’a préparée rapidement, puis avec dextérité m’a neutralisée et retournée. J’ai basculé sur ses jambes. Il a relevé le bas de ma chemise, m’a maintenue fermement sur ses cuisses et hop !
Cinq minutes après j’étais détendue. Flagada. L’air bêta... dans les bras de Morphée.

Sabine Chaouche



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