Friday, December 31st 2010
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Derniers jours : « être Dieu ou architecte » : Charles Garnier, l’architecte de l'Opéra. Par Noémie Courtès.





Derniers jours : «  être Dieu ou architecte » : Charles Garnier, l’architecte de l'Opéra. Par Noémie Courtès.
Charles Garnier est « l’architecte du nouvel opéra » : la mention est portée sur son passeport, elle est reportée à l’envi sur ses ouvrages. Prix de Rome en 1848, lauréat d’un concours aux 171 concurrents (dont Rohault de Fleury que l’impératrice Eugénie souhaitait écarter et Viollet-le-Duc qu’elle souhaitait favoriser), organisateur d’un chantier monstrueux, formateur d’une équipe d’architectes qui étaient autant ses amis que ses élèves, Garnier est effectivement une personnalité artistique qui a compté à son époque et l’un des grands créateurs du style du Second Empire – à Eugénie qui lui reprochait de ne pratiquer aucun style connu, il aurait répliqué qu’il était en train de créer le « Napoléon III »…

Pourtant Garnier n’a jamais fait fortune : l’opéra a occupé la plus grande partie de sa carrière, et le chantier qui aurait dû durer cinq ans s’est étiré sur quinze, réduisant d’autant sa rémunération (s’il se fait ensuite construire une villa à Bordighera, c’est parce que la vie n’y est pas chère…). En outre, au lieu de disperser contre espèces sonnantes et trébuchantes les milliers de projets originaux (dessins, aquarelles, …) qui avaient été nécessaires, il a préféré les léguer en bloc. Si bien qu’aujourd’hui l’ENSBA peut présenter (en musique) au premier étage de son aile d’exposition une sélection de ces feuilles, concurremment avec des photographies de l’avancement des travaux, de 1861 à 1875 (sur quelques unes desquelles on voit, par défaut d’exposition, que la légende du Fantôme de l’Opéra n’en était pas vraiment une !). Sont ainsi montrés des détails des lustres du foyer de la danse (un dessin digne de Moebius), des études de plafond (Le Charme de la musique, par Isidore Pils pour le grand escalier), des modèles des sculptures de la façade(dont La Danse par Carpeaux qui fit tellement scandale qu’elle aurait été retirée si le sculpteur choisi pour la remplacer n’était mort avant d’avoir réalisé le succédanée…), etc.

Mais Garnier n’est pas que l’architecte de cet Opéra qui finit par lui donner des cauchemars : la scénographie de Robert Carsen s’attache également à présenter ses autres facettes. Ses travaux d’étude (une section est consacrée à ses prix et travaux de Rome, superbes de couleur) et ses autres réalisations (peu nombreuses, moins bien documentées et pour partie disparues), comme son premier immeuble, commandé par un M. Aucher, marchand d’aiguilles, et encore visible au 75, Bd de Sébastopol, le Casino de Monte-Carlo, l’Observatoire de Nice. Ainsi que le malheureux catafalque de Victor Hugo qui remplit l’ouverture de l’Arc de triomphe pour les obsèques nationales du grand homme en 1885 (Garnier réalisa plusieurs autres monuments funéraires, comme celui de Bizet au Père Lachaise et celui d’Offenbach au cimetière Montmartre).


Surtout, on découvre que Garnier s’est en outre voulu homme du livre : il s’inscrit à la Société des gens de lettres en 1883, et publie non seulement un recueil sur Le Nouvel Opéra, mais aussi, après son intervention à l’Exposition universelle de 1889 (en collaboration avec Auguste Ammann), le fruit de leurs recherches sur L’Habitation humaine (Hachette, 1892). Le résultat de cette enquête archéologique est approximatif, mais les grandes aquarelles présentées de cette ultime réalisation de Garnier, très applaudie par le public, (la maison persane, japonaise, hindoue, phénicienne…) sont remarquables de finesse (le rendu de l’or et des carreaux vernissés par exemple est magnifique).

Mais ce n’est pas tout : le rez-de-chaussée est dévolu à la vie personnelle de Garnier et à sa « carrière » littéraire. Quelques poèmes, plus ou moins pastichés, quelques actes pour ses soirées théâtrales amateur du vendredi soir, un livret en collaboration avec Charles Nuitter (musique de Duprato dont il réalise ensuite la demeure funèbre), créé à l’Opéra Comique en 1866, Le Baron de Groschaminet (opérette en un acte). Un recueil de souvenirs intitulé A travers les arts publié par Hachette en 1869 (dont la préface suggère sa satisfaction d’être imprimé). L’exposition exploite d’ailleurs largement ces textes, couvrant les murs de citations en plus des explications (très claires) habituelles.

Les tables d’exposition de cet étage présentent en outre carnets de croquis (son fils Nino, la jetée de Menton), aquarelles de voyages (il aimait à la folie le pittoresque des costumes grecs et des petites gens), lettres et documents. Ainsi qu’un grand nombre de portraits et caricatures de et par Garnier. Il en ressort que Garnier était non seulement l’architecte du nouvel opéra mais qu’il avait un grand nez (son portrait-charge par Nadar est superbe) et qu’il aimait avoir les pieds en l’air…


Paris, Ecole nationale supérieure des Beaux Arts (entrée quai Malaquais), jusqu’au 9 janvier.
A travers les arts est accessible sur Google Books, Le Nouvel Opéra de Paris sur Gallica.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55553962.r=LE+NOUVEL+OPERA.langEN

sc - N. Courtès




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