Thursday, March 30th 2017
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En mon esprit la nuit. Episode 1.




“Girl, unhappy girl, left all alone
Playin’ solitaire
Playin' warden to your soul
You are locked in a prison
Of your own devise”

Jim Morrison, “Unhappy girl”,
An American Prayer, 1969.

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.


Soundtrack: Waiting for you par Brentrambo (voir plus bas).


En mon esprit la nuit. Episode 1.

PREMIERE PARTIE : A VAU L'EAU

Qu’est-ce qu’il fiche ici ? Ça faisait un bail que…
Je ne pensais jamais le revoir. J’aimerais pouvoir sourire. Mais c’est plus fort que moi...
C’est drôle que votre vie soit entrecoupée comme ça… par des revenants. Juste pour vous rappeler que vous n’avez pas avancé. Que le temps de votre existence s’est brisé et ne se compose plus que de hachures clairsemées d’un sentiment d’irréel. De bruits lointains qui pourtant vous retiennent prisonnier quelque part en vous.
Je voudrais fermer les yeux et oublier. Juste oublier un instant tout ce qu’il… /
Tout ce que j’ai vécu. ―
Peut-être qu’il ne m’a pas vue… après tout. ―
Et si je me planquais là ? Qu’est-ce que je fais. Je me tire ?
Non. Faut pas non plus que je passe pour une poule mouillée. Des fois que…
… De quoi j’aurais l’air ?
Bon allez, je l’ignore. Ouais c’est ça, je vais l’ignorer et passer devant lui l’air de rien. Indifférente… C’est mieux. Ce n’est pas parce qu’il réapparaît dans ma vie que je dois forcément l’accueillir à bras ouverts. ―
Et puis non. Aucune envie de me retrouver nez à nez avec lui. ―
On dirait qu’il attend quelqu’un. Pas moi tout de même ? Faudrait pas qu’il ait eu l’adresse de mon taf… Qui lui aurait donné d’abord ?... Lili ?... Non impossible. Elle le connaît même pas. Alors qui ? Je vois pas. Franchement je vois personne qui aurait pu... ―
Et puis de toutes manières, lui adresser la parole ? Négatif.
D’abord j’ai rien à lui dire.
Et puis les mecs dans son genre… j’évite maintenant.
J’imagine bien le tableau. Les retrouvailles. Dans le style, ils se sont aimés, et un jour le destin les a réunis… en plus vieux, plus moches et plus cons…
Très peu pour moi.
L’amour roman à l’eau de rose ? Jamais… T’es toujours déçu. La réalité ? Burges en version longue durée. Il prend sa scie sauteuse le destin et le voilà qui allègrement découpe the perfect love story. Ça gicle. T’en as partout sur toi, de ces petits bris de cœur sanguinolents… et tu te regardes, sidérée. Et tu comprends pas pourquoi tu sens plus rien alors que tu la sais bien ancrée en toi, la profondeur de la douleur.
« Les histoires d’amour finissent mal en général »… Pour certains c’est du sur mesure dans le systématique. Si pathétique ce fiasco à répétition… /
Jusqu’à dix-sept ans, dans une nébuleuse où s’enchevêtraient élans du corps et candeur vertueuse. Sur un coup de tête je me suis bazardée. Volontairement donnée en pâture pour être plus exacte. Toutes mes copines ? Désormais des femmes. Et moi… à la traîne. Sans trop bien comprendre pourquoi. Trop dans ma tête sans doute. ―
J’ai rencontré un mec dans un bistrot où j’allais les soirs de week-end. C’était l’ex d’une des amies d’une de mes copines. Cheveux longs. Barbe. Nettement plus âgé que moi. Immédiatement kiffé, même si ma conscience sonnait l’alerte maximale. Que faire… sinon le faire quand même ? Adrénaline ou libido. Un mélange des deux ? Je me suis mise à vouloir faire ça le plus vite possible. Au départ, je pensais que ça allait être une formalité. Parce que les mecs ont l’habitude de la chose.
Bientôt son anniversaire, alors sympa si je pouvais faire un geste. ― On a négocié. Calmement. Le lieu, l’heure et tout. Dire que je n’étais pas trop experte en la matière ? /
Happy Birthday s’est pointé. Accompagné. L’autre, je l’ai même pas calculé. Zap intégral. J’ai juste suivi, tout en prenant mes distances avec le mec chelou qui à son tour nous emboîtait le pas. Silencieuse. Rampante. ―
Canettes. Entrecoupées de quelques éclats de rire. On a picolé un peu plus. Impression que le monde s’effaçait et qu’un autre s’ouvrait. Plus exaltant. Ma langue se déliait de ma contrariété face à tête de crabe. Toujours aussi morne. ―
Je maintenais, stoïque, le cap de ma concentration. Under control. Toujours à cause de l’autre qui tenait à faire le pied de grue. À tout prix.
Au bout d’un moment, plus rien à se raconter… Juste des broutilles. Dans le genre je parle pour parler. Sans plus. Et puis soudain, plus rien, les trois le nez tendu vers notre verre, à mater le parquet. Gros silence. Pesant.
J’ai soupiré longuement.
Qu’est-ce que t’as ? m’a lancé Happy Birthday. Je lui ai fait un signe comme quoi ras le bol de son clone. Rire tranchant l’atmosphère lourd-dingue, son cerveau a fini par se connecter sur mon réseau. L’autre qui observait tout comme une bonne chandelle qu’il était, a fait Okay j’ai pigé, je me casse, mais c’est bien dommage et c’est pas trop sympa de ta part qu’il m’a jeté en me zieutant d’un air mauvais, vu que je viens de sortir de taule, t’aurais pu te montrer un peu moins réfrigérée.
J’ai haussé les épaules… Trop pressée qu’il traîne ses pompes dans un autre espace que le mien. ―
Une fois seuls, les choses sont devenues un peu plus compliquées. Passage dans le X… Abrupt. Il s’est levé, a enlevé son tee-shirt et a ouvert sa braguette. Pas une minute à perdre. Je l’avais voulu n’est-ce pas ? Je l’avais, cash. Ma clope, je tirais dessus comme une grosse malade. Matant obliquement. J’ai avalé cul-sec mon verre. Feu immédiat dans mes entrailles. Incandescence plus furtive, loin derrière la réalité, diffractée. En pluie douce sur mon corps. Comme la lumière de sa petite lampe. Toute diffuse. Il a senti que c’était le bon moment, a plongé sa langue dans ma bouche tout en me serrant la taille. Allongé sur moi, sa queue je la sentais dure, pressée. Mon petit haut ? Il remontait se recroquevillait et je m’imaginais déjà... ―
Alors je me suis dit que c’était peut-être le moment. De le dire. D’évoquer ce nœud qui commençait sérieusement à m’encercler l’estomac, le cou.
Un peu gêné tout d’un coup. Il a levé les yeux au ciel.
Comme si c’était de ma faute si je… ―
Il a fini par dire Bon okay, pas grave, on va faire avec. /
Nuit médiocre. À chier même. Totalement passée à côté de la chose. Hyper consciente. Qui plus est, la douleur. Mes copines devaient être vraiment de sales menteuses quand elles juraient que la première fois ça passait comme une lettre à la poste. Quand ça s’est arrêté ? On ne peut plus soulagée. Il m’a prise alors dans ses bras… avant de rouler sur le côté. /
Le lendemain changement d’ambiance. Ciao baby, on s’est bien amusés mais on va en rester là, pigé ? Déglingué définitivement l’univers magique que je me faisais de l’amour.
Pourtant j’étais sûre qu’avec Matt, ça serait autre chose. Quatre années d’affilées ensemble plutôt calmes. Avec lui ce ne fut qu’une respiration. Après il y a eu ce grain qui a fait que. Méticuleusement chiant. C’est aussi copieusement absurde que ça les rapports humains. Il y a des gens qui vous hérissent le poil plus ou moins, ou dont vous êtes accroc. Mais il y a des choses qui ne se pardonnent pas. /

(c) S. Chaouche/TFM 2017

Soundtrack - Brentrambo - Waiting for you


Sabine Chaouche



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