Wednesday, February 24th 2010
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Interview de Dr Anastasia Sakhnovskaia-Pankeeva





Interview de Dr Anastasia Sakhnovskaia-Pankeeva
Après avoir fait des études en Russie, Anastasia Sakhnovskaia est venue s'installer en France où elle a continué ses recherches sur le théâtre italien et le théâtre des foires. Agrégée de russe, Docteur ès lettres, elle est l'une des personnes qui a assisté à la naissance du projet CESAR, puis qui a participé (et qui participe toujours) très activement au développement de la base de données et de la banque d'images. Nous sommes très heureux de pouvoir présenter le parcours universitaire, à la fois atypique et exemplaire, d'Anastasia Sakhnovskaia.

1. Quel a été votre parcours depuis votre arrivée en France ?

Je suis arrivée en France il y a bientôt quinze ans, en automne 1996, boursière du gouvernement français, afin d'effectuer une année d'études universitaires qui correspondait, à l'époque, au diplôme appelé DEA. J'ai obtenu ce diplôme en 1997, à l'Université Paris IV Sorbonne. En parallèle avec mes études françaises, je menais des recherches pour ma thèse de doctorat commencée en Russie, à l'Académie d’Etat d’art théâtral de Saint-Pétersbourg. J'ai soutenu cette thèse, consacrée à l'histoire du théâtre de la foire à Paris au XVIIIème siècle, en octobre 1999. J'avais entrepris, à la même époque, une thèse en France, à l'Université Paris IV, suite à l’obtention de mon diplôme de DEA. Mais, dès le moment où j'ai commencé à travailler pour CESAR, le chantier de ma thèse s’est ralenti singulièrement et a fini par s'arrêter complètement. Ces dernières années, j'ai repris mes recherches sur le théâtre de la Foire et la Comédie-Italienne. Actuellement, je partage mon temps entre la rédaction d'une thèse sur ce sujet et l'enseignement de russe dans un lycée (l'année passée, j'ai obtenu l’Agrégation de russe). Je suis tiraillée entre les études slaves et les études du théâtre français sous l'Ancien régime !


2. Quelle est votre spécialité ?

Ma spécialité est le théâtre français de la fin du dix-septième et de la première moitié du dix-huitième siècle, et, en particulier, la Comédie-Italienne et le théâtre de la Foire. Je suis heureuse d'avoir pu sortir du cadre purement académique et pu partager ma passion pour cette époque avec tous les lecteurs russes intéressés par le théâtre : j'ai traduit en russe quinze pièces faisant partie du Théâtre Italien de Gherardi et mes traductions, assorties de notes et d'une présentation détaillée, ont paru en Russie en 2007.


3. Quels sont vos travaux en cours et projets ?

Je suis en dernière année de thèse à l'Université de Nantes ; je travaille sous la direction de Madame Françoise Rubellin. Ma thèse porte sur l'influence de la Comédie-Italienne sur la naissance du théâtre forain. Un vaste sujet, vu le nombre important des pièces italiennes et foraines (souvent manuscrites) à étudier!

En tant que thésarde, je participe aux activités du Centre d'études des théâtres de la Foire et de la Comédie Italienne créé par Françoise Rubellin à l'Université de Nantes. Ce centre est animé par une équipe extrêmement active et passionnée. J'aime beaucoup l'atmosphère créative, libre et amicale dans laquelle se déroulent les séminaires, les journées d'études, les spectacles, les lectures et d'autres événements organisés par les membres de l'équipe.


4. Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans la recherche ?

Ce qui me passionne le plus, c'est la dimension humaine de la recherche et une étrange sensation de « simultanéité » des époques qu'elle me fait éprouver. En plongeant dans des documents d'archives, dans des manuscrits, dans des lettres autographes, on a, tout d'un coup, une impression vertigineuse d'être témoin des vies qui se sont éteintes depuis longtemps. On a l'impression que les siècles ne se succèdent pas, mais coexistent dans cette curieuse quatrième dimension qu'est la recherche, ou, plus largement, la curiosité et l'empathie humaine. Que le dix-huitième siècle n'est pas fini et ne finira jamais…. Que les personnes, les œuvres, même les objets qui ont existé autrefois, existeront toujours et attendront patiemment que nous posions sur eux un regard curieux.


5. Comment avez-vous pris part au projet CESAR et depuis quand y avez-vous été associée ?

J'ai été embauchée par Barry Russell en tant que "research manager" en septembre 2001 pour un contrat de trois ans, à plein temps, qui s'est prolongé par un autre contrat, de deux ans, cette fois-ci, et à partiel. Cela fera donc bientôt dix ans que je participe au développement du site. Aujourd'hui, je ne suis plus salariée du projet (il nous faudrait une bourse ou une subvention pour récréer une équipe salariée !).


6. Pourriez-vous nous décrire votre rencontre et votre collaboration avec Barry Russell et Mark Bannister ?

J'ai rencontré Barry un peu par hasard, à Paris, lors d'un salon de l'Etudiant, porte de Versailles. Il y avait présenté ses sites Internet consacrés au théâtre de la Foire, à la Comédie-Italienne et à la chronologie des spectacles sous l’Ancien Régime. Je travaillais également sur le théâtre de la Foire, et c'est pourquoi tous ses projets m'ont beaucoup intéressée. Je suis donc allée le voir après sa présentation, nous avons fait connaissance et je lui ai proposé mon assistance pour les recherches documentaires dans les bibliothèques parisiennes, puisque, de toute façon, je m'y rendais régulièrement pour mes propres travaux. Dans les mois qui ont suivi, Barry m'avait en effet demandé de lui envoyer les photocopies de quelques documents des Archives nationales ou bien de lui fournir quelques renseignements ponctuels. Et puis, il m'a contactée pour me dire qu'il avait obtenu une subvention pour développer CESAR, et il m'a proposé de postuler pour faire partie de l'équipe. C'est ainsi que j'ai rejoint la petite équipe du projet CESAR.

Après la disparition de Barry, en février 2003, Mark Bannister a repris les rênes du projet. Il a longuement parlé avec tous les membres de l'équipe pour comprendre les détails de son fonctionnement (fonctionnement assez particulier, étant donné que nous n'habitions pas la même ville ni le même pays), et il a fait tout le nécessaire pour que les objectifs du projet soient atteints et les délais impartis respectés. Il s'est investi d'une manière tout à fait exceptionnelle dans le projet. Sa générosité et sa disponibilité envers l'équipe et le projet m'ont touchée d'autant plus que je lui connaissais d'autres projets qu'il avait été obligé de mettre « en veille » pour s'occuper exclusivement du projet CESAR.

Ensuite, sous la houlette de Mark, qui a réussi à obtenir une nouvelle subvention, nous nous sommes lancés dans une autre aventure passionnante : la création de la banque d'images. Ce volet du projet CESAR est toujours très apprécié et très utilisé par les chercheurs. Pendant cette deuxième phase du projet deux colloques ont été organisés à Oxford par mes collègues basés à Oxford Brookes University. Ces colloques qui ont eu lieu en 2004 et en 2006 ont permis de rassembler, autour de CESAR, une communauté internationale de chercheurs. C'est toujours émouvant – et motivant aussi ! – de passer de la collaboration virtuelle à l'échange réel avec les gens pour qui le projet a été imaginé et créé !


7. Auriez-vous quelques anecdotes à ce sujet ? Quel est votre meilleur souvenir ?

Barry Russell.
Barry Russell.
Je n'ai pas d'anecdotes à proprement parler, mais je garde un souvenir très fort de mes conversations avec Barry. Sa vie, racontée par lui-même, ressemblait à un véritable roman. Il a changé plusieurs fois de métier, connu des gens célèbres, vécu aux quatre coins du monde. Chaque période de sa vie a été la source de nombreuses histoires, drôles ou tristes, mais toujours captivantes. Il a eu différents métiers, dont celui de critique culinaire. Barry m'avait assuré que c'était la belle vie : au lieu de venir incognito, comme il se doit, il appelait toujours le restaurant pour prévenir de sa visite et mangeait comme un roi, à coup sûr !

Il me semble que, dans son parcours sinueux, Barry était guidé par une volonté de ne jamais vivre sous l'emprise des circonstances, mais choisir librement et consciemment sa voie à chaque étape de sa vie. Il était important pour lui de faire des choses passionnantes et de permettre aux gens autour de lui de faire également les choses qui les passionnaient et qui leur permettaient de s'épanouir. Liberté de choix, épanouissement personnel, curiosité intellectuelle étaient, je pense, parmi les valeurs les plus importantes pour lui. Il aimait les questions plus que les réponses. Et il ne se contentait jamais des réponses toutes prêtes ; il découvrait, il réinventait, il créait une approche très personnelle des gens, des choses, des événements.

Mon meilleur souvenir, c'est celui du voyage à Rome avec Barry, en septembre 2002, pour présenter CESAR lors du 24ème Congrès de la Société Internationale des Bibliothèques et des Musées des Arts du Spectacle. Barry attachait une importance toute particulière aux contacts avec les conservateurs des bibliothèques et des musées et tenait à lancer le projet devant ce public averti et gardien des trésors que CESAR se proposait de rendre plus accessible. Nous avons passé trois ou quatre jours formidables. Le projet était enfin lancé, Barry semblait goûter le fruit de plusieurs années de travail acharné. Il faut dire que Barry était perpétuellement en mouvement, il ne s'arrêtait jamais, il travaillait avec une incroyable frénésie en oubliant sommeil et nourriture, mais à Rome il semblait avoir « ralenti » un peu pour profiter de la beauté de la ville et de sa douceur de vivre, si poignante par les belles journées encore chaudes de septembre. C'était cinq mois seulement avant sa disparition.


8. Quel rôle avez-vous joué et jouez-vous toujours dans le développement du site ?

Interview de Dr Anastasia Sakhnovskaia-Pankeeva
J'avais pris part à toutes les étapes de la construction du site. Durant les trois premières années du projet, notre objectif était surtout de créer une base de données sûre, claire, facile à consulter et aussi complète que possible. Le noyau de CESAR était constitué par les trois bases de données des trois fondateurs du projet, Barry Russell, David Trott et Jeffrey Ravel. Un grand nombre de pièces se trouvait dans celles-ci et, sur le site, nous avons obtenu une immense quantité de doublons : par exemple, nous pouvions avoir trois Turcaret de Lesage le premier venant de la base de Barry, le deuxième, de celle de David, et le troisième, de celle de Jeff. Il fallait, en premier lieu, traquer tous ces doublons pour ne garder qu'une seule entrée correspondant à une seule pièce. Pour cela, il fallait reprendre toute la liste alphabétique. Actuellement, si on fait afficher la liste complète des titres, on visualise 18 829 titres de pièces. Si l'on imagine que de nombreuses pièces apparaissaient 2 ou 3 fois dans la base, on a une idée de l'ampleur de ce travail de «nettoyage», qui s'est prolongé par un «nettoyage» de tous les doublons des dates de représentation. Ensuite, j'ai participé à l'enrichissement de la base, en préparant la mise en ligne des ouvrages de référence (rubrique Livres), en alimentant les nouvelles rubriques, telles qu'Éditions, Éditeurs, Bibliothèques, en intégrant au site les informations contenues dans différents ouvrages spécialisés, ce qui nous a permis de créer une rubrique consacrée aux troupes, d'alimenter la rubrique Lieux et d'apporter un certain nombre de précisions biographiques aux pages consacrées aux comédiens.

Avec Mark et toute l’équipe CESAR, nous avons beaucoup travaillé sur les images, en établissant la liste des mots-clefs qui permettent la recherche selon des critères variés, en traquant les images susceptibles de nous intéresser dans les bibliothèques. Nous avons également continué à enrichir les rubriques déjà existantes et nous avons ajouté de nouvelles rubriques (notamment Presse et Traités).

Tout au long de ces années, nous avons également répondu à de nombreux messages de nos utilisateurs (ce travail a été généralement assuré par deux membres de l'équipe). Parfois, il s'agissait d'intégrer des informations, des corrections, des précisions que les utilisateurs nous apportaient, parfois il fallait guider les chercheurs et les passionnés pour qu'ils prennent l'habitude d'intervenir directement sur le site. La construction de CESAR a nécessité beaucoup de travail solitaire et silencieux, face à l'ordinateur, mais le contact humain y a toujours été présent et donnait tout son sens à ce que nous faisions.

Actuellement, je fais partie du Comité éditorial, je continue de répondre aux messages de nos utilisateurs, ainsi qu'à ajouter quelques informations, de façon ponctuelle.


9. Quels sont ses atouts ? et qu’aimeriez-vous voir développé dans les prochaines années ?

L'atout majeur de notre site est d'être une plateforme pour un travail commun, un outil de collaboration formidable. C'est cet aspect fédérateur qui était particulièrement cher, me semble-t-il, aux fondateurs du site.

Il y aurait moult choses à faire dans les prochaines années, tant du côté technique (en dix ans, les choses ont beaucoup évolué, et CESAR devrait évoluer, lui aussi!), que du côté du contenu du site. Il serait très intéressant d'enrichir la base de tout ce qui concerne la vie théâtrale dans les régions. Les chercheurs, les étudiants, les amateurs qui étudient la vie théâtrale dans les différentes villes de province pourraient nous être d’un précieux secours. Ces informations permettraient d'avoir un tableau plus fidèle de ce qu'était réellement cette vie théâtrale en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, et apporteraient des informations précieuses sur la fortune des pièces, sur les parcours des acteurs, les itinéraires des troupes.



10. Vous avez fait vos études en Russie. Quelles sont les particularités du système éducatif en Russie ?

La particularité du système universitaire russe, par rapport au système français, est sa grande rigidité. On ne choisit pas les séminaires et les cours qu'on veut suivre, ils sont imposés, et tous les étudiants d’une même année, de manière obligatoire, ont le même programme. Pas de liberté de choix, hélas! En revanche, avec du recul, je commence à apprécier le caractère général et encyclopédique du cursus proposé aux étudiants russes. Par exemple, j'ai fait cinq ans d'études supérieures à l'Académie de l'Art Théâtral de Saint-Pétersbourg en vue d'obtenir un diplôme de critique et d'histoire du théâtre. Durant ces cinq années, nous avons suivi des cours d'histoire, de philosophie, de littérature, sur le théâtre, la musique et les beaux-arts à partir de l'antiquité et jusqu'à nos jours. Il y avait toujours, en parallèle, un cours sur la littérature russe et la littérature étrangère, le théâtre russe et le théâtre étranger etc. De plus, nous avons eu des séminaires pour apprendre à analyser les pièces et les spectacles contemporains, ainsi que de nombreuses autres matières : management dans le domaine des arts, l'histoire du cinéma, histoire de la pantomime, art de l'acteur, apprentissage d’une langue étrangère (malheureusement, on ne pouvait apprendre qu'une seule langue), etc. Bref, c'était vraiment une éducation très complète dans le domaine des lettres et des arts. Et, comme notre petit groupe de 15 personnes suivait toujours les mêmes cours, nous avons eu le temps (cinq ans!) de nous connaître et de nous lier d’amitié. La moitié de ma promotion, 6 ou 7 personnes, sont aujourd'hui parmi mes amis les plus proches et les plus chers.


11. Quel regard portez-vous sur l’université française / sur la pédagogie ?

Je n'ai fait que ma cinquième année à l'Université française, en vue d'obtenir un DEA. Je n'ai donc connu qu'une toute petite partie du cursus universitaire français et je ne voudrais pas généraliser mal à propos.

J'ai apprécié d'avoir pu être très indépendante dans l'organisation de mon travail et d'avoir eu beaucoup de temps libre pour mes recherches, car je ne devais être présente à l'Université que quelques heures par semaine (en Russie, c'était plutôt de 9 heures à 17 heures, et on avait cours même le samedi !). Mais j'avoue qu'il est parfois difficile de s'imposer une discipline, une régularité et une rigueur de travail, c'est pourquoi cette extrême liberté me semble être à double tranchant !

Mes professeurs à l'Université de Paris IV étaient excellents – je pense tout particulièrement à mon directeur de recherche M. Sylvain Menant, à M. François Moureau et à M. Georges Forestier dont les séminaires étaient toujours passionnants. Mais ceux-ci portaient sur des questions assez pointues : il fallait donc avoir une bonne culture générale pour pouvoir replacer les problématiques proposées dans le contexte plus général de l'histoire littéraire.

Je pense que la qualité des cours et des séminaires des professeurs français tenaient en grande partie au fait qu'ils choisissaient les sujets qui les intéressaient eux-mêmes et aussi au fait que ni les cours ni les séminaires n'étaient répétés d'une année sur l'autre. Or, en Russie, à l'Académie de l'art théâtral, j'ai eu des professeurs qui répétaient le même cours depuis trente ans.


12. Quelle serait votre devise en matière d’enseignement ?

Mon plus grand défi, en matière d'enseignement, est de pouvoir réveiller et stimuler la curiosité intellectuelle des élèves. Il n'y a rien de plus désespérant que des élèves ou des étudiants aux yeux vides, il n'y a rien de plus réjouissant qu'un véritable échange, véritable dialogue où les deux parties s'impliquent avec un égal enthousiasme.


Portrait franco-russe !

Si vous étiez un lieu ?
Les quais de Saint-Pétersbourg.
Les quais de Paris.

Une recette de cuisine ?
J'aime bien les surprises, c'est pourquoi je préfère les plats qui cachent leur jeu. La cuisine russe me séduit par de nombreuses recettes de pirojkis, ces petites tourtes farcies à toutes sortes de choses: la viande, le poisson, les champignons, le chou, les pommes de terre avec des oignons frits, le riz avec de l'aneth, les œufs durs avec de la ciboulette…
Dans la cuisine française, j'aime bien les galettes et les crêpes, pour la même raison: il y a toujours une part de surprise dans l'élaboration de la garniture. Et les crêpes flambées sont splendides !

Une tradition ?
Pour ne pas s'éloigner de la gastronomie : en Russie j'aime bien tout ce qui est lié aux festivités pascales. Toute petite, j'étais toujours fascinée par la décoration des œufs, quoiqu'à l'époque, cette décoration se fasse à l'aide de moyens très simples : on faisait bouillir les œufs avec des pelures d'oignons, ce qui leur donnait une couleur rouille très soutenue, chaude et joliment nuancée. J'aime aussi le gâteau traditionnel de Pâques (appelé « koulitch ») et un autre met incontournable de la table pascale, appelé « Pâques » (« paskha » en russe). C'est une préparation délicate à base de fromage blanc et des fruits secs que ma mère réussit toujours à merveille!
En France, j'adore les galettes des rois – autant pour la frangipane que pour la petite partie de cache-cache à laquelle se livre la fève!

Une boisson ?
Pour la Russie, ce serait – eh non, pas la vodka, mais plutôt un thé, un thé noir, vert, blanc – je l'adore sous toutes ses formes et j'en bois plusieurs tasses par jour, comme beaucoup de Russes.
Pour la France, ce serait le vin rouge que j'ai appris à connaître et à apprécier (sans en abuser, bien entendu !).

Un personnage historique célèbre ?
Catherine II. Je trouve touchant et édifiant cet immense écart entre le virtuel (son image, ses projets, ses déclarations) et le réel (la véritable situation de ses sujets) durant son règne.
Madame de Sévigné.

Une pièce de théâtre ?
Difficile de choisir, pour la Russie comme pour la France ! Pour la Russie, ce seraient les pièces de Evguéni Schwartz : L'Ombre, Le Dragon ou Le Roi nu.
Quant au théâtre français, étudiante, j'avais un faible pour deux Jean : Jean Anouilh et Jean Giraudoux, et, en particulier, pour toutes leurs pièces inspirées de l'Antiquité (Antigone, La guerre de Troie n'aura pas lieu, Amphitryon 38). Mais s’il ne faut choisir qu’une seule pièce, je dirais : Intermezzo, de Giraudoux.

Une forme de galanterie ?
Un baisemain, pardi, pour la Russie, comme pour la France !

Un prénom ?
Quand j'étais petite, j'adorais les prénoms français que je trouvais dans des romans. J'aurais tout donné pour m'appeler Louise, Catherine ou Constance (cela m’a passé depuis, heureusement) ! Catherine a toujours été mon prénom favori, dans sa version française ou bien russe -- Katérina, Katia pour les intimes.

Une interjection ?
En russe, j'utilise très souvent une petite expression énergique qui a perdu son sens littéral pour devenir une sorte d'interjection : « eulki-palki ». Littéralement, cela veut dire « sapins-baguettes », mais cela s'utilise dans le sens de « Mon Dieu », « Oh-là-là ». C'est une interjection très populaire, ce que prouve la création en Russie, il y a quelques années, d'une chaîne de restaurants qui se nomment « Eulki-palki » et qui proposent les plats russes dans un décor traditionnel.
En français, ce serait « ah ben dis donc » : quand je suis venue en France pour la première fois, je ne parlais presque pas français, et cette expression, que je ne pouvais pas disséquer, me semblait s’apparenter à une formule magique, telle « abracadabra ». Il faut avouer que, une fois le mystère levé, cette formule a perdu un peu de son charme !


Interview de Sabine Chaouche.

sc



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