Saturday, March 31st 2012
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Zoom sur l'association Le Studiolo (1)





Didier Doumergue (acteur, metteur en scène et enseignant-chercheur à l'Université de Lorraine) entouré des acteurs du Studiolo. (c) Sabine Chaouche
Didier Doumergue (acteur, metteur en scène et enseignant-chercheur à l'Université de Lorraine) entouré des acteurs du Studiolo. (c) Sabine Chaouche
Didier Doumergue et Anne Verdier nous expliquent l'histoire de cette association consacrée au théâtre et qui fête cette année ses 25 ans d'existence - pour le plus grand bonheur des spectateurs.

Comment est née l’association ?

En 1987, des amis, voulant renouer avec la pratique de théâtre qui était la leur lorsqu’ils étaient étudiants, décident de se lancer dans l’aventure de représenter, avec les moyens du bord, une pièce de William Shakespeare peu jouée : « Peines d’amour perdues ». Ils sont dix-huit en scène et se tirent honorablement du défi qu’ils se sont donné. Dans la foulée, ils fondent l’association culturelle « Le Studiolo » en référence aux cabinets des humanistes de la Renaissance consacrés à la lecture, à l’étude et à la production de la pensée.

Les membres fondateurs du Studiolo sont majoritairement des enseignants, universitaires ou formateurs à l’IRTS de Lorraine à Ban Saint Martin (près de Metz) où est hébergée l’association, qui jouit de l’amphithéâtre transformé en salle de spectacle.

Etudiants à Nancy, ils ont fréquenté le festival mondial de théâtre universitaire créé par Jack Lang. où ont pu assister à des productions venues du monde entier et voir avant le reste de la France Bob Wilson, Peter Stein ou Tadeus Kantor... Certains d’entre eux ont participé à des échanges franco-allemands fondés sur le théâtre, d’autres ont fait partie de petites formations amateurs, un certain nombre s’est intéressé à la danse, classique ou contemporaine, au cinéma, et ils ont suivi à l’université les cours de Jean-Marie Villégier avant que celui-ci ne décide d’être exclusivement metteur en scène et directeur de compagnie. Enfin, Didier Doumergue, directeur de l’association, a suivi l’enseignement de Jacques Lecoq à Paris entre 1980 et 1982 et inscrit l’association dans la mouvance de cette particulière approche de la figuration théâtrale héritière des réformes de Jacques Copeau au Vieux-Colombier.

Le Studiolo revendique ainsi deux influences majeures: d’une part celle de la tradition française qui voit dans la pratique du théâtre un geste d’éducation artistique et de formation au goût, et, d’autre part, celle d’une conception culturelle allemande marquée par l’héritage théorique brechtien du lehrstück et qui utilise le théâtre à des fins d’expression, de communication, de revendication et d’éducation politique. Certes, un courant de théâtre d’intervention, renouvelé à la fin des années soixante, existe également en France et se différencie par une aspiration artistique, moins nettement revendiquée par son homologue allemand.

Parallèlement aux spectacles de théâtre-amateur, certains des membres, formateurs à l’IRTS, intègrent le théâtre dans le champ des moyens d’intervention du travail social (1) . Ils proposent tout d’abord aux étudiants de pratiquer l’expression théâtrale. Durant plus de vingt ans, ils mettent en scène et encadrent des étudiants en travail social dans des grands textes dramatiques du patrimoine, mais ils impliquent aussi l’Institut dans des programmes s’adressant à des publics variés: enfants, jeunes en difficulté d’insertion sociale, publics en stages d’alphabétisation, personnes âgées, jeunes professionnels du théâtre, etc. Ils accumulent ainsi une expérience et une réflexion qui , en 2000, conduit l’IRTS à confier officiellement, au Studiolo l’accompagnement de ses étudiants via l’élaboration de projets culturels (spectacles de danse, de théâtre, expositions, productions vidéos).

En 2012, l’association fête les 25 ans d’une existence qui n’est pas linéaire.

Le dépôt de statut et l’organisation associative ont donné en 1987, une forme juridique à ce qui était à l’origine une association de fait de copains partageant un même intérêt pour le théâtre.

Une seconde période s’ouvre dès 1988 avec la proposition d’un des membres fondateurs de l’association, Didier Doumergue, d’accueillir le festival européen Harlekin Art qu’il a cofondé à Turin en 1986 avec d’anciens condisciples de l’école Lecoq et emmené l’année suivante à Bayreuth. Initialement conçu comme itinérant, le festival s’installe à l’IRTS pour cinq ans, en transformant notablement l’association. Harlekin Art est une rencontre annuelle de jeunes compagnies professionnelles de théâtre de masque, issues de toute l’Europe. Les compagnies sélectionnées sur leur projet de spectacle sont accueillies gratuitement en résidence d’environ 10 semaines, où elles bénéficient d’ateliers collectifs de préparation corporelle, d’expression théâtrale et de jeu du masque, d’une aide artistique et matérielle à la production de leur spectacle et de leur participation devant le public messin au festival final, à l’issue duquel elles emportent leurs décors, costumes, masques, musiques de scène qui leur appartiennent dorénavant et doivent servir à leur professionnalisation. Les compagnies n’ont qu’une obligation, celle de présenter l’avancée de leurs travaux au cours d’une réunion plénière hebdomadaire. Le team d’Halekin Art est constitué de jeunes professionnels européens, metteurs en scène, dramaturges, facteur de masque, scénographes, techniciens, costumiers, compositeurs. Le Studiolo commence à intégrer dans ses objectifs la rencontre entre amateurs et professionnels comme l’une des voies possibles de professionnalisation. Ses productions mêleront dorénavant des professionnels et des amateurs chevronnés.

Avec l’arrêt des financements européens, le festival survit deux à trois ans, à une plus petite échelle, puis cesse définitivement. Il a correspondu à un grand développement de l’activité de l’association, période marquée par la collaboration de Patrick Mario Bernard, plasticien issu de l’école des Beaux-Arts de Metz, qui signe les scénographies, décors et parfois les costumes d’une vingtaine de mises en scène et la réalisation de quelques films expérimentaux avant de quitter Metz pour Paris où il est devenu aux côtés de Pierre Trividic le cinéaste fameux de Ceci est une Pipe, Dancing, Une famille parfaite et L’Autre. Il est indéniable qu’il a fait entrer au Studiolo une préoccupation pour l’art plastique, et plus particulièrement pour l’art contemporain.

Une troisième période commence pour le Studiolo en 2000 avec la convention qui le lie à l’IRTS de LorraineIl devient alors Le Studiolo-IRTS de Lorraine. Anne Verdier, maître de conférences à l’université de Nancy, en est la présidente depuis déjà 5 ans et c’est à elle qu’incombe ce changement de statut. Des emplois-jeunes dynamisent les activités de l’association. Eric Lehembre, après avoir été assistant, devient metteur en scène à part entière, Thomas Scudéri développe considérablement les relations publiques et la communication, Julien Goetz est responsable général de la régie. La quasi intégration du Studiolo à l’IRTS sur une mission d’animation culturelle régionale d’une part, et d’accompagnement artistique des travailleurs sociaux en formation d’autre part, infléchit, une fois encore, les visées de l’association. L’accueil de spectacles augmente dans la salle désormais nommée Harlekin Art, les projets d’animation auxquels sont associés les étudiants se développent et les professionnels deviennent, par l’entremise du Studiolo, des vacataires de l’IRTS.

Les six dernières années qui constituent la quatrième période voient à la fois partir les jeunes collaborateurs, à l’issue de leur contrat aidé et se réaliser de grands projets comme la production des deux spectacles de théâtre -forum et celle de deux spectacles montés avec les habitants du quartier de Borny (un quartier sensible de la périphérie messine). En même temps, les activités d’accompagnement artistique des travailleurs sociaux et les productions des ateliers enfants et adultes de l’association se stabilisent. Si le nombre des adhérents demeure stable (de 120 à 150), la vie associative s’est assoupie et se morcelle selon les secteurs d’activité qui cohabitent sans véritable communication par la base. Néanmoins, ces entités presqu’autonomes sont toutes dynamiques et constituent un tissu associatif d’un nouvel ordre.

(1) Cf. Jean-Marc Leveratto (co-fondateur du Studiolo) : « La constitution des professions de travail social, dont la compétence a été fondée sur l’importation de méthodes américaines de travail en équipe, conçu à la fois comme moyen d’organisation et d’action, a (...) rendu acceptable la mobilisation du théâtre comme un instrument efficace d’éducation par le groupe » in “Le Théâtre en action”, revue Horizon Social, N° 4 Théâtre et éducation, Nancy, Editions de l’Est, décembre 1991.

Parlez-nous de la revue "Nickel".

La revue Nickel est la revue des adhérents du Studiolo.

Elle paraît trois à quatre fois par an. Elle comporte bien sûr des informations sur la vie de l’association mais également des articles de fond témoignant de ses activités de recherche dans le domaine artistique. Le Studiolo s’est toujours préoccupé de se doter d’un organe de communication, plus ou moins modeste, ou plus consistant.

Aux débuts de l’association, celui-ci s’appelait « Mardi Soir » en référence au jour de répétition du groupe d’amateurs qui a représenté, après Peines d’Amour perdues, la comédie anonyme Les Ramoneurs (1629) ou Calvino l’Enchanteur d’après Le Baron perché, ou La Guerre du golf N°2 d’après Pour en finir avec le jugement de Dieu d’A. Artaud. Aux quelques numéros de cette première revue ont succédé les deux ou trois livraisons du très éphémère « Spectateur messin ». Enfin « Nickel » a été créé, empruntant son titre à un vers de Gertrud Stein, extrait de Tender Buttons (1914) (5) .

(5) Cf. la traduction française de Jacques Demarcq, Tendres Boutons, éditions Nous, Caen, 2005.

Quels sont les événements qui ont été les plus emblématiques de l’association ou que vous considérez comme les plus réussis ?

Il y en a beaucoup. Je n’en cite que quelques-uns. Le Festival Harlekin Art dont j’ai parlé plus haut. La comédie musicale : Filons vers Les îles Marquises mise en scène par Eric Lehembre dont la musique a été composée par Julien Goetz, membre de l’association.

Les spectacles de théâtre forum qui ont été vus par plusieurs milliers de spectateurs.

En 2000, la création par Didier Doumergue de la comédie de Benserade, Iphis et Iante (1634) qui retrouvée par Anne Verdier et éditée par Anne Verdier, Lise leibacher-Ouvrard et Christian Biet celle là même qui avait inauguré notre collection « sudiolo-théâtre ». Cette création a été suivie d’une mémorable lecture de la pièce par Jean Marie Villégier au théâtre du Saulcy (théâtre situé sur le campus de l’université de Metz).

Mais aussi des petites formes comme la lecture de quelques poèmes du Cornet à dés de Max Jacob à la Nuit culturelle à Nancy.
En 2009, un spectacle mis en scène par Amar Bellal et monté avec des jeunes du quartier de Borny autour du Sacre du printemps de Stravinski et de la pièce d’Ernst Toller l’Homme et la Masse. Ce spectacle associait danse et théâtre et a été produit par une trentaine de jeunes. Joué deux fois dans leur quartier, il a ensuite été joué à l’Opéra-théâtre de Metz. Ce qui avalorisé les jeunes de ce quartier auprès du public du centre ville et offert aux habitants de ce quartier de venir l’occasion de se rendre dans un lieu que beaucoup n’avaient jamais fréquenté.

La Tempête de W. Shakespeare interprétée sur des tréteaux par une compagnie familiale de comédiens faméliques, Cosroes de Jean Rotrou sous la forme d’une tragédie-forum, Le Voyage en terre artistique, spectacle commandité par la Fondation Abbé Pierre et piloté par l’IRTS de Lorraine en partenariat avec le Studiolo.


Propos recueillis par Sabine Chaouche.

Sabine Chaouche



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