Saturday, March 31st 2012
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Zoom sur l'association Le Studiolo (2): objectifs, membres et activités





Guy Didier et Muriel Arnould dans Cosroès, 2012 (c) Le Studiolo
Guy Didier et Muriel Arnould dans Cosroès, 2012 (c) Le Studiolo

Quels sont les objectifs actuels du Studiolo ?

A travers les pratiques artistiques de toutes sortes et leurs productions (théâtre, danse, vidéo, arts plastiques, etc.) le Studiolo défend une certaine réflexion sur la place de l’art dans notre société, sur sa nécessité, aussi bien individuelle que sociale, sur les conditions politiques, sociales, économiques de la production de biens symboliques, bref une pensée sur la dimension symbolique des biens artistiques (1) .

Le lien étroit entre l’action, et la recherche théorique, la réflexion technique, la constitution d’un pôle ressource dans les domaines concernés, constitue la marque essentielle du Studiolo.


(1) Termes employés par Michel Simonot in Politique sans art, revue Frictions N°11, automne-hivers 2007.

Quels sont ses membres et de quels horizons viennent-ils ?

Zoom sur l'association Le Studiolo (2):  objectifs, membres et activités
L’association est présidée par Anne Verdier, et dirigée par Didier Doumergue, metteur en scène, chargé de cours à l’université et cadre de formation à l’IRTS de Lorraine qui lui a confié l’organisation et la gestion de l’axe Expression, Création, Communication, Médiation culturelle des étudiants travailleurs sociaux.

Elle regroupe des membres de tous âges, de toutes conditions sociales, dont les rapports au théâtre et à la culture sont très divers : enfants, adolescents, étudiants, enseignants, travailleurs sociaux, artistes…Les plus jeunes sont des participants actifs aux activités, les plus âgés forment un groupe d’amis, de spectateurs et de soutiens divers.

Quelles sont ses principales activités ?

Ses activités sont nombreuses :

• création de spectacles,
• initiation, transmission pédagogique et encadrement,
• production spécifique de spectacles de théâtre-forum,
• accueil et diffusion de spectacles amateurs et professionnels,
• recherche, publication et édition.

Les spectacles créés par le Studiolo avec des amateurs, des professionnels, des étudiants, des adolescents, des enfants, sont donnés la plupart du temps dans la salle Harlekin Art, ou sont accueillis dans des théâtres de la région lorraine : l’Opéra-théâtre de Metz théâtre Mont-désert à Nancy, etc. Ces productions ont plus rarement fait l’objet de représentations hors région.

Le Studiolo s’est toujours efforcé d’être aussi attentif à des textes classiques que contemporains, sans spécialisation dans l’un ou ‘autre de ces deux domaines. La défense du texte classique, inoubliable ou ignoré, lui a toujours paru nécessaire en même temps que son intérêt pour l’écriture moderne et contemporaine. Ainsi, par exemple, les mises en scène de Shakespeare (Peines d’amour perdues, la Nuit des Rois, Roméo et Juliette, le Conte d’hiver) ont pu voisiner avec Brosse (Les Songes des Hommes Esveillez), Tristan l’Hermite (Le Parasite), Isaac de Benserade (Iphis et Iante), Claude de l'Estoile (L'Intrigue des filous), Marivaux (l’Ile des esclaves, Arlequin poli par l’amour, Infidèles), Voltaire (Le Droit du Seigneur), Kleist (Sur le théâtre de marionnettes) etc., mais aussi avec Artaud (Pour en finir avec le jugement de Dieu), Jean Genet (Les Paravents), Marguerite Yourcenar (Le Dernier amour du prince Genghi), Italo Calvino (Le Baron perché), Heiner Muller (Rivage à l’abandon, Matériau-Médée, Paysage avec Argonautes et Vie de Gundling, Frédéric de Prusse sommeil rêve cri de Lessing), Scotch Maier (L'Institut), Philippe Minyana (Chambres), Joseph Danan (Passage des Lys), entre autres.

Quelle unité ressort de cette liste éclectique, outre le dialogue entre les textes du passé et les textes contemporains à travers leur traitement actuel par la mise en scène ? Certainement l’attachement au texte dramatique porté par un jeu physique auquel revient la primauté, la spectacularisation de l’espace (scénographie, décors, costumes) traité comme une image complexe qui contient, stimule (à travers la fonction de machine à jouer) et prolonge le jeu des comédiens, une sensibilité épique plutôt qu’un jeu psychologisant, la géométrie, le mouvement et le rythme au service de l’émotion.

Le refus radical de l’entreprise « muséale » comme celui de l’actualisation des textes anciens fondent, à l’inverse, une volonté d’éclairer notre actualité en faisant entendre une voix du passé entrant en résonance. La circulation de la pensée et la préoccupation pour le processus du travail animent la forme et l’expression du corps.

Si un thème, parmi d’autres, devait se dégager après coup du corpus des œuvres produites explique Pierre Ravenel, co-fondateur du Studiolo, ce serait, sans doute, celui de la violence de l’éducation et de ses effets, l’éducation s’accompagnant toujours d’un prix à payer exorbitant.

L’esthétique qui se dégage de ce qui finit par faire répertoire cohabite mais de façon plus expérimentale et antinomique avec les nouvelles tendances du spectacle, performance et post-dramatisme. Ce sont les travaux effectués avec les étudiants de l’IRTS qui ont jusqu’ici permis une plus grande liberté d’action, comme le « parcours chorégraphique » annuel institué il y a plus de dix ans : cet événement multimédia articule divers modes d’expression, de la vidéo, à l’installation en passant par la danse contemporaine,.

Le théâtre avec des enfants et des adolescents a costitué l’une des activités privilégiées de l’association. fondée il y a une douzaine d’années, dirigée par Dominique Fabuel, metteur en scène mais aussi scénographe et costumière. Didier Doumergue et Dominique Fabuel ont analysé dans Du jeu d’enfant au théâtre d’enfants (2) ce qui fait la spécificité du travail du Studiolo avec les enfants et les adolescents et ce que doivent ces travaux aux thèses de Walter Benjamin développées dans son Programme pour un théâtre d’enfants prolétarien (3) .

C’est dans l’entrelacs esthétique-éthique que le Studiolo inscrit en premier lieu son entreprise de théâtre avec des enfants, en articulant le savoir-se-comporter-au-théâtre au savoir-montrer et se-montrer. La réflexion sur le « geste » devient primordiale, aussi bien dans l’expression enfantine que dans le recueil du matériau de base de la construction du spectacle. En second lieu, est prise en compte la prééminence pédagogique du dispositif des objets sur l’intervention directe des animateurs. Le cadre de l’entreprise théâtrale est plus éducatif et dans une perspective plus ouverte que n’importe quel objectif de l’animateur. En troisième lieu, une proposition artistique formelle forte est proposée aux enfants comme terrain de jeu à l’intérieur duquel ils passeront du jeu d’enfant à la représentation théâtrale.

De nombreux ateliers de pratique théâtrale ou de vidéo accueillent toutes sortes de public depuis les jeunes enfants à partir de 3 et 4 ans jusqu’aux adolescents, aux jeunes adultes et aux adultes. Ils débouchent tous sur la réalisation d’un spectacle avec les personnes qui le désirent. Le processus de travail n’est ainsi jamais dissocié du produit du travail.


(2) Dominique Fabuel, Didier Doumergue, Du jeu d’enfant au théâtre d’enfants, in Asja Lacis et le théâtre prolétarien, Les carnets du PortiQue N°4 (département de philosophie, université de Metz), 2007.
(3) Walter Benjamin, Programme pour un théâtre d’enfants prolétarien (traduction Philippe Ivernel),) in Asja Lacis et le théâtre prolétarien, op . cit.

Parlez-nous du théâtre amateur.

Représentation de "Cosroès", 2012 (c) Le Studiolo
Représentation de "Cosroès", 2012 (c) Le Studiolo
Le Studiolo a accumulé et s’est forgé un savoir du théâtre amateur qu’il serait trop long de développer ici. Parmi les conclusions auxquelles il est parvenu, quelques unes sont devenues de solides convictions : l’amateur se joue (presque) toujours lui-même contrairement au professionnel qui compose le plus souvent des personnages différents les uns les autres et parfois très éloignés de lui. La détermination de l’identité du groupe est à la base d’un travail théâtral conséquent avec des amateurs. Pas de spectacle de qualité qui ne découle de cette identité reconnue et bien comprise. Un spectacle d’amateur est le récit palimpseste de la structuration du groupe dans le temps de la production.
Le sens du casting qui permet de choisir avec justesse un comédien pour une production amateur est fondé sur la vieille catégorie de l’emploi, etc...


Le Studiolo a organisé, avec ses partenaires, la production de spectacles de théâtre forum à des fins de prévention du Sida ou de la lutte contre les discriminations. Ces spectacles sont diffusés dans toute la région Lorraine, principalement accueillis dans les établissements scolaires et universitaires pour le premier auxquels s’ajoutent pour le second des institutions diverses et associations luttant contre les discriminations.

Son intérêt pour le théâtre-forum conduit Didier Doumergue à tenter l’expérience d’adapter ce dispositif à la tragédie française et de monter Cosroès de Rotrou en « tragédie-forum ». Ce projet est fondé sur le désir d’explorer autrement la tragédie française du XVIIe siècle, un genre théâtral ordinairement considéré comme difficile, sa langue et sa forme étant souvent dissuasives. C’est oublier que la tragédie classique est avant tout un moment de débat sur des thèmes qui nous touchent encore aujourd’hui : l’amour, la politique, la violence, la justice ...

Ce débat peut être celui d’un personnage avec lui-même ou avec les autres personnages de la pièce. Mais il peut être également celui des spectateurs entre eux, ou, mieux encore, entre public et personnages. C’est du reste ce qui se passait souvent au XVIIe et XVIIIe s. lorsque les spectateurs, bruyants et indisciplinés, n’hésitaient pas à apostropher les acteurs au cours de la représentation tandis que les entractes étaient occupés, pendant que l’on mouchait les chandelles, à échanger sur ce que le public avait vu ou attendait de voir.

Et quelles sont les activités d’accueil et de diffusion de spectacles ?

Le Studiolo accueille des spectacles proposés par des structures ayant un lien avec le travail social (spectacles avec des personnes en situation de handicap, spectacles avec des demandeurs d’asile, spectacles proposés par des étudiants de l’IRTS et nés sur leurs lieux de stage, etc…), ou des spectacles traitant de faits de société interprétés par des compagnies amateurs ou professionnelles.

Les Activités de recherche, étroitement liées aux activités pratiques, ont conduit à la fondation de deux collections dirigés par Anne Verdieraux éditions Lampsaque : « le studiolo-théâtre » se propose de faire redécouvrir des textes oubliés qui présentent un intérêt aujourd’hui et pourraient être joués à nouveau. le « studiolo-essais » accueille des ouvrages plus généraux sur le théâtre et, notamment sur le costume. Ces collections sont ouvertes à tout chercheurs qui en partage l’esprit. Elles ont accueilli à ce jour des textes publiés par Christian Biet (Cartouche de Legrand), Martial Poirson, ( Le Droit du Seigneur de Voltaire dont la création a été assurée dans la foulée de l’édition par Didier Doumergue, et le Théâtre de Chamfort, en collaboration avec Jacqueline Razgonnikoff) Guy Spielmann, (Parades certaines de ces parades, créées par Guy Spielmann, ont été représentées à l’université de Metz et de Nancy avec la participation d’étudiants de ces deux universités), Anne Verdier (Iphis et Iante de Benserade, création : Didier Doumergue dans la foulée de l’édition. La collection « le studiolo-essais » a publié des travaux d’Anne Surgers (La Pellegrina) , Anne Verdier (L’Habit de théâtre) ou des ouvrages collectifs (Art et usages du costume de scène, sous la direction d’Anne Verdier, Didier Doumergue, olivier Goetz) …un ouvrage en collaboration avec Jacqueline Razgonnikoff, Didier Doumergue et Anne Verdier sur la Réforme du costume au XVIIIe siècle est actuellement en préparation.


Propos recueillis par Sabine Chaouche

Sabine Chaouche



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