Tuesday, October 30th 2012
Read 409 times

Conférence: Le miroir derrière le rideau. Sur le métathéâtre parlé ou chanté en Italie (XVIe – XXIe siècle) Hommage à Françoise Decroisette




Les 8 et 9 novembre à l’INHA - Paris
Le 10 novembre à la Colline – théâtre national. Paris

Comité scientifique : Beatrice Alfonzetti (Université de Rome-La Sapienza), Françoise Decroisette (Université Paris 8), Siro Ferrone (Université de Florence), Sara Mamone (Université de Florence), Isabelle Moindrot (Université Paris 8), Myriam Tanant (Université Paris 3).


Teresa Vandoni, Italian singer at the Royal Opera, Stockholm (c) Bjoertvedt
Teresa Vandoni, Italian singer at the Royal Opera, Stockholm (c) Bjoertvedt
Afin de rendre hommage à Françoise Decroisette, professeur en études italiennes à l’Université Paris 8, directrice de l’équipe Histoire et pratiques du spectacle vivant dans les pays de langues romanes depuis 1993, l’Université Paris 8 organise un colloque international les 8 - 10 novembre 2012, avec le soutien du Labex Arts-H2H (Laboratoire d’Excellence des Arts et Médiations humaines), de l’EA 4385 Laboratoire d’Études Romanes, de l’EA 1573 Scènes et Savoirs, de l’École Doctorale Pratiques et Théories du Sens de l’Université Paris 8 et en partenariat avec l’Institut National d’Histoire de l’Art (INHA) et la Colline – théâtre national


Lorsqu’en 2004 Robert Carsen met en scène Capriccio à l’Opéra de Paris, c’est au Palais-Garnier, foyer, salle et plateau, qu’il emprunte ses décors pour y démultiplier les effets de métathéâtralité propres à l’oeuvre de Richard Strauss. Plusieurs fois s’y découvre un miroir derrière le rideau, jusqu’à prendre et perdre la Comtesse et son public dans l’ultime vertige de leur propre reflet. Sans doute cet ouvrage, où Françoise Decroisette voit, en référence à La bella verità de Carlo Goldoni, une véritable « page d’histoire goldonienne », fait-il écho aux metamelodrammi comme le XVIIIe siècle en produisit tant. Mais le théâtre n’a pas attendu Strauss ni Carsen pour se reconnaître dans l’image du miroir. Car « le théâtre est miroir », écrit celle à qui nous dédions ce colloque : « Miroir de la vie, […] il se fait tout naturellement miroir de lui-même, lorsqu’une société s’interroge sur l’image qu’elle veut donner d’elle-même, lorsque ses formes d’expression spectaculaires sont remises en question, lorsqu’un auteur questionne sa création. »

Ce colloque porte sur le métathéâtre sur les scènes italiennes du XVIe au XXe siècles. Il s’intéresse, à la différence de la plupart des études antérieures, à sa présence au théâtre aussi bien qu’à l’opéra. Si le phénomène n’est pas né dans la péninsule, il y trouve de très nombreuses expressions depuis la culture baroque, fascinée par le motif du miroir et sa vision du theatrum mundi, jusqu’à une postmodernité artistique communément qualifiée comme telle par ses procédés d’autoconscience et de réflexivité. En Italie comme ailleurs, multiples sont les formes de métathéâtralité qu’ont étudiées les historiens du spectacle, les comparatistes ou les italianistes : formes « complètes » ou « périphériques », pour reprendre la distinction qu’a opérée Manfred Schmeling entre phénomènes de théâtre dans le théâtre (comme lorsqu’une pièce est enchâssée dans la pièce, faisant des acteurs des spectateurs à leur tour) ou thématisations du jeu (quand le théâtre fait l’objet du discours d’un personnage, ou de toute la pièce, avec de fréquents effets de citation et d’intertextualité). Ces procédés variant ou se rejoignant au gré des contextes culturels ou interculturels de création, de production ou de réception, et dans le passage de l’un à l’autre, la question des circulations sera essentielle, dans une approche à la fois littéraire, esthétique et historique.

On se propose ainsi de poursuivre un travail déjà bien engagé. Françoise Decroisette elle-même a accordé une place centrale à la notion de métathéâtralité dans les travaux de l’équipe Histoire et pratiques du spectacle vivant dans les pays de langues romanes, qu’elle anime, depuis 1993, à l’Université Paris 8. Dans Le théâtre réfléchi plus particulièrement, elle interroge la poétique d’hommes de théâtre italiens telle qu’elle s’inscrit dans la mimésis. Si la fonction de révélateur qu’assume le métathéâtre restera au coeur de nos préoccupations, une oeuvre du théâtre parlé ou musical peut ne pas refléter que des pratiques d’auteurs.

À travers des personnages d’artistes et plus largement de gens de théâtre, du plus humble au plus haut placé, du souffleur au directeur de la salle, le métathéâtre propose des représentations sociales variant selon des espaces culturellement et chronologiquement déterminés, ou selon des laboratoires théâtraux régionaux voire dialectaux variés. Réfléchissant, le miroir peut s’avérer déformant quand metadrammi et metamelodrammi déclinent leurs galeries stéréotypées de virtuosi capricieux, impresari ambitieux ou librettistes malmenés ; revenir sur ce filon satirique cher au XVIIIe siècle et sur ses avatars comiques plus tardifs, moins connus devra être l’occasion d’interroger non seulement un ouvrage théâtral ou lyrique de façon isolée, mais les interactions souvent houleuses qu’entretiennent le théâtre et l’opéra tels que les révèlent les procédés métathéâtraux.

On essaiera toutefois de se départir d’une association trop restrictive entre métathéâtre et satire ou comédie, en s’efforçant d’analyser les phénomènes de réflexivité à l’oeuvre dans la tragédie, l’opera seria et le melodramma. On évaluera par ailleurs la dimension documentaire d’un théâtre réfléchissant, comme dans I piccioli virtuosi ambulanti de Merelli (1819), le sort d’acteurs itinérants, soumis au goût du public, aux conventions esthétiques et commerciales. Lieu de réflexion et d’autoréflexion, le métathéâtre italien prouve alors toute sa portée critique, peut-être capable, depuis la scène, de former ou réformer le monde. Mais que dire, en contrepoint à cette vision utopique, des effets ravageurs d’une réflexivité gozzienne échappant même, dans les Droghe d’amore (1777), au contrôle de l’auteur ?

On s’intéressera ainsi aux fonctions esthétiques, historiques et philosophiques du métathéâtre en Italie du XVIe au XXIe siècle. Ce théâtre, « miroir de la nature », renforce-t-il auprès de ses spectateurs l’éclat de la tradition mimétique ? Ou la remet-il en cause, miroir magique, en leur donnant accès à une réalité plus profonde que le reflet même ? Si dans le théâtre dans le théâtre, « par une sorte d’inversion de la dénégation, les spectateurs de la salle voient comme vérité ce que les spectateurs-acteurs voient comme illusion théâtrale » (Anne Ubersfeld), alors le métathéâtre peut être, comme chez Pirandello, manifestation d’une vérité qui ne se donne pas comme telle, mais appelle la participation active des spectateurs pour être reconnue. N’est-il pas alors nécessaire de questionner la légitimité des critères usuels de classement, qu’ils soient d’ordre générique (comique versus sérieux), discursif (dramatique versus métadramatique), ou autre ?

Une table ronde conclusive réunira spécialistes, traducteurs et gens de théâtre pour discuter de ces questions à partir du cas pirandellien. Il sera de là possible de réfléchir à la place des phénomènes de réflexivité dans l’actualité théâtrale et plus généralement artistique et sociale. Si l’on pourra s’intéresser, dans une perspective plus précise, au recours toujours plus fréquent aux nouvelles technologies pour revisiter les formes du métathéâtre, on pourra s’interroger, dans une perspective plus large, sur le bien-fondé du rapprochement communément établi entre la modernité et une esthétique du réflexif.

Programme

Jeudi 8 novembre
Institut National d’Histoire de l’Art, 9h-18h


9 h. Accueil des participants.

9h30. Allocutions de bienvenue et Introduction

I. Miroir réfléchissant
Derrière le rideau, un miroir réfléchissant l’espace du jeu, la salle, les coulisses, s’enfuyant hors les murs du théâtre. Miroir de la vie, miroir de la ville, au fil des siècles « le théâtre est miroir », écrit Françoise Decroisette, « et se fait tout naturellement miroir de lui-même, lorsqu’une société s’interroge sur l’image qu’elle veut donner d’elle-même, lorsque ses formes d’expression spectaculaires sont remises en question, lorsqu’un auteur questionne sa création. »
Président de séance : Jean-Louis Fournel, Université Paris 8

10h. Sara Mamone, Université de Florence
La locandiera : commedia nuova o ritratto di compagnia ?

Andrea Fabiano, Université Paris IV
La metateatralità come strategia produttiva nel Goldoni parigino

Président de séance : Siro Ferrone, Université de Florence

11h30. Jérôme Chaty, Université Paris 8
La farsa per musica métathéâtrale à Venise entre 1798 et 1803. Une rencontre fructueuse entre un genre et un filon.

Emmanuelle Bousquet, Université de Nantes
Les livrets d’opéra italiens, miroir d’un lieu, miroir d’un temps (l’entre deux siècles, XIXe-XXe siècles).

II. Miroirs à doubles fonds
Réfléchissant, le miroir de la scène révèle ses doubles fonds quand il attire le regard et le fait plonger dans ses mises en abîmes. Le métathéâtre est alors théâtre dans le théâtre : paradoxe du jeu, le spectacle est dans le miroir.
Président de séance : Franco Vazzoler, Université de Gênes

14h30. Piermario Vescovo, Université de Venise
Metateatro e metalessi. Per una distinzione e una definizione teorica.

Lucie Comparini, Université Paris IV
Les « autres raisons » de Carlo Goldoni : divertissement métathéâtral, jeu paradoxal, miroir interne.

Président de séance : Pérette Buffaria, Université de Lorraine

16h. Jean-François Lattarico, Université de Lyon III
Un exemple spectaculaire de métathéâtre musical du Seicento : La Berenice vendicativa de Piccioli et Freschi (1680).

Camillo Faverzani, Université Paris 8
L’opéra dans l’opéra : actualité de L’opera seria (1769) de Florian Leopold Gassmann.

Cristina Barbato, Université Paris 8
Rossini au miroir : la métathéâtralité dans les mises en scène de Pier Luigi Pizzi.

Vendredi 9 novembre
Institut National d’Histoire de l’Art, 9h-18h

III. Miroirs déformants
Le miroir peut se faire déformant quand il s’empare des gestes et des topoï de la tradition littéraire ou de la Commedia dell’arte. Car la citation n’est pas répétition, et les reflets sont trompeurs : recomposable à chaque représentation, le métathéâtre démystificateur, satirique, grotesque, est le ressort d’un comique engagé.
Président de séance : Myriam Tanant, Université Paris 3

9h. Paola Ranzini, Université d’Avignon
Un miroir aux reflets trompeurs : la citation de gestes et postures des Comici dell’Arte au XXe siècle (Meyerhold, Craig, Copeau, Decroux, Strehler, Fo).

Céline Frigau Manning, Université Paris 8
Le méta-opéra italien, miroir du public français : esprit, gaieté, acclimatation, les raisons d’un succès sur la scène du premier XIXe siècle

Giulia Filanacapa, Université Paris 8
La méta-Commedia dell’Arte au service du « théâtre politique » dans les anthologies scéniques de Giovanni Poli : Gli ultimi carnevali veneziani.

Président de séance : Piermario Vescovo, Université de Venise

11h. Francesco D’Antonio, Université de Strasbourg
Dario Fo : un comique révolté dans le miroir de la Commedia dell’Arte (Titre provisoire)

Stéphane Miglierina, Université de Saint-Étienne
Le théâtre du monde dans les comédies terrestres et infernales de Giovanni Briccio.

IV. Miroirs brisés
Si le miroir se brise, les reflets se fragmentent. Théâtre de révélation ou d’aveuglement, le métathéâtre est le lieu des dialectiques – entre les mots et les notes, entre la fiction et le “miroir de la vie humaine”, entre la force comique et l’illusion tragique.
Président de séance : Beatrice Alfonzetti, Université de Rome-La Sapienza

14h. Enrica Zanin, Université de Strasbourg
La tragédie dans la tragédie : tentative de définition du métathéâtre propre à la tragédie.

Cécile Berger, Université de Toulouse II
Lo Schiavetto de Giovan Battista Andreini (1612) : le miroir brisé ou la fiction déclarée.

Président de séance : Xavier Tabet, Université Paris 8

15h30. Silvia Tatti, Université de Rome La Sapienza
Parola e musica : da Metastasio a Calvino.

15h50. Franco Vazzoler, Université de Gênes
Metateatro e travestimento nella poetica e nella drammaturgia di Sanguineti : dall’Orlando furioso a Sei personaggi.com.

17h. Lili Büme, Université Paris 8 – Université de Bonn
Identité, pirandellisme et Tarahumaras

Synthèse des deux premières journées.

Samedi 10 novembre
La Colline – théâtre national, 10h-13h30


V. De l’autre côté du miroir
Le métathéâtre est le piège où se prend la conscience du moi. Théâtres du sujet chez Shakespeare, Visconti ou Pirandello, les écrans scéniques ou cinématographiques sont autant de surfaces où s’entrevoient les fictions et paraboles de l’identité. Passé l’autre côté du miroir, c’est en guise de merveilles la métamorphose de soi et du monde que découvrent dans leur quête d’auteur ou de vérité les personnages du métathéâtre.
Président de séance : Sara Mamone, Université de Florence.

10h. Siro Ferrone, professeur, Université de Florence.
Le métathéâtre de Luchino Visconti.

Pérette Buffaria, Université de Lorraine.
Shakespeare a Palermo : la caméra-kaléidoscope métathéâtral de Francesca Comencini

Irina Possamai, Université Paris 8.
Alice ou l’inscription du spectateur dans l’oeuvre théâtrale de Pier Paolo Pasolini.

12h. Beatrice Alfonzetti, Université de Rome – La Sapienza.
Les dénouements conclusifs et circulaires du métathéâtre : des Sei personaggi aux Giganti.

12h30. Six personnages en quête d’un public. Pirandello sur les scènes françaises.
Table-ronde présidée par Isabelle Moindrot, Université Paris 8.
Intervenants : Anne-Françoise Benhamou, École Normale Supérieure d'Ulm / La Colline - théâtre national.
Stéphane Braunschweig, La Colline – théâtre national.
Huguette Hatem, traductrice, italianiste, actrice.
Myriam Tanant, Université Paris 3.

13h30. Clôture du colloque.


Contact: Céline Frigau Manning, Université Paris 8 <mailto:celine.frigau@univ-paris8.fr>

SOURCE ACRAS

Sabine Chaouche



News

Share this website


Headline video
Interview with Dr Jed Wentz, researcher and performer
Posted by Sabine Chaouche , on 02/05/2012 at 16:47

Gallery

Headline video
Interview de Jean-Denis Monory, acteur et metteur en scène.
Posted by Sabine Chaouche , on 03/01/2012 at 22:03

Newsletter subscription