Saturday, August 31st 2013
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Dessine-moi un corps : la mécanique des dessous effeuillée aux Arts Déco





Dessine-moi un corps : la mécanique des dessous effeuillée aux Arts Déco
« Les dessous chics, c'est se garder au fond de soi / Fragile comme un bas de soie » disait Gainsbourg. Les Arts déco nous emmènent dans l’univers indiscret de la fragilité enveloppée, silhouettée mais surtout emprisonnée par la mécanique des vêtements. L’exposition qui se tient à Paris, sous l’égide de Denis Bruna, conservateur des collections Mode et Textile antérieures au XIXe siècle, en surprendra plus d’un, étant consacrée aux modes qui poussèrent non seulement les femmes mais aussi les hommes, à user d’artifices pour modeler leur apparence. Le parcours de l’intime est tracé de façon chronologique, habillé d’une scénographie sertie d’accessoires et d’objets d’époque qui permettent de mieux comprendre les représentations du corps de la Renaissance à nos jours - et de réaliser par la même occasion que la plupart des gravures ou peintures rétrécissant à l’extrême une taille (ainsi des danseuses au XVIIIe siècle) ou au contraire bombant de façon exagérée un torse correspondaient à une réalité sociale et reflétaient plutôt fidèlement les formes.

Baigné dans une élégante semi pénombre, le spectateur admirera au détour d’une vitrine quelque braguette protubérante, arc-boutée et soigneusement enfermée dans sa coque d’étoffe, une fausse poitrine ou un ventre gonflés de manière proéminente par le pourpoint (qui semble d'ailleurs avoir donné naissance à la silhouette de Polichinelle au ventre pansu), ou une monumentale fraise cerclée de fer. Accessoires incontournables pour métamorphoser le corps et le soumettre au goût du temps, les corsets et les paniers ne sont pas en reste, évoluant sous l’Ancien Régime et au XIXe siècle. La rectitude aristocratique témoigne d’une maîtrise du corps cachée par la mécanique des dessous. Gainée de fer ou baleinée, la taille est toujours plus resserrée ou creusée tandis que les contours des hanches ou des fesses tendent à s’épanouir : de la robe de cour munie d’un grand panier (ainsi de la robe de mariage de la princesse Hedwige de Holstein-Gottorsp dont la largeur en déconcertera plus d’un) à la crinoline puis à la robe écrevisse garnie d’un faux-cul et tuyautant les jambes, les carapaces armaturant le corps pour structurer le vêtement ne manquent pas. On peut d’ailleurs les essayer et ressentir la raideur des "sous-vêtements" et la manière dont les membres du corps furent muselés ou élargis démesurément (les manches ballon par exemple, destinées à grossir les bras), des dessous ayant été recréés et mis à la disposition du public. L’exposition se termine par un festival de transformations avec l’arrivée du soutien-gorge et l’apparition de la gaine au XXe siècle.

Loin d’être seyants, les dessous ont, au cours des siècles, sculpté les corps afin de répondre à des exigences idéologiques liées au maintien et à l’idée de noblesse. Didactique et ludique, magnifiquement mise en scène et soigneusement orchestrée, "La Mécanique des dessous" éclaire sous un jour nouveau les vicissitudes qu’a connues le corps, démasquant avec subtilité quelle a pu être la fragilité des comportements face aux diktats de la mode.

Critique par Sabine Chaouche

Tournure cage modèle papillon, vers 1872. Paris collection Falbalas (c) Patricia Canino
Tournure cage modèle papillon, vers 1872. Paris collection Falbalas (c) Patricia Canino
Commissariat
- Denis BRUNA, conservateur, collections Mode et Textile antérieures au XIXe siècle, Les Arts Décoratifs

Scénographie
- Constance GUISSET


PRATIQUE
Les Arts Décoratifs – Mode et textile
107 rue de Rivoli
75001 Paris
Tél. : 01 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries
Autobus : 21, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95

Catalogue

La Mécanique des dessous. Une histoire indiscrète de la silhouette

Livre publié sous la direction de Denis Bruna, conservateur aux Arts Décoratifs, chargé des collections Mode et Textile antérieures au XIXe siècle, professeur à l’École du Louvre. Il a publié plusieurs livres, dont Piercing, sur les traces d’une infamie médiévale (Textuel, 2001) et Bijoux oubliés du Moyen Âge (Seuil, 2008).

Il s’est entouré d’universitaires ou conservateurs de musées reconnus, comme Michel Delon, Maximilien Durand, Georges Vigarello et Anne Zazzo, ainsi que de jeunes historiens de l’art.

Photographies de Patricia Canino, photographe spécialisée dans la mode et la beauté, qui utilise pour son travail des lumières et une technique issues du cinéma.

Du XIVe siècle à aujourd’hui, les stratagèmes utilisés par les femmes et par les hommes pour façonner leur silhouette sont d’une inventivité remarquable. Selon les époques et suivant les exigences que la mode établit, les pièces dissimulées sous les vêtements prennent la forme de corps à baleines, panier, corset, crinoline, faux-cul, pouf, amplificateur de mollet ou ceinture d’estomac et, plus récemment, de push-up ou de shapewear.

Pendant des siècles, jusqu’aux combats du XXe siècle pour son émancipation, le corps, considéré comme le reflet de l’âme, a été maintenu ou comprimé pour en exprimer la rectitude. Fanons de baleine, cerceaux en métal pourvus de sangles et de ressorts, coussins en crin, matériaux synthétiques l’ont parfois modelé à l’extrême. La mode contemporaine, de Jean Paul Gaultier à Comme des Garçons, s’est naturellement emparée de ces codes, entre hommage et détournement.

Artificiels et sophistiqués, ces échafaudages vestimentaires témoignent des rapports complexes qu’entretient le vêtement avec le corps.

Prix: 55,00 €
272 PAGES
200 ILLUSTRATIONS
21,5 X 27 CM
ISBN : 978-2-916914-42-8

Sabine Chaouche




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