Monday, November 7th 2011
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Interview with Dr Katherine Astbury (University of Warwick, UK)





Interview with Dr Katherine Astbury (University of Warwick, UK)

1. Pourquoi avoir choisi d’être “dix-huitiémiste” ?

Lorsque j’étais étudiante en licence à l’université d’Exeter, mon tuteur était Malcom Cook. En Angleterre les tutors s’occupent des étudiants, leur donnent des conseils et suivent leur progression. Malcom est l'un des grands spécialistes du XVIIIe siècle en Angleterre et c’est lui qui m’a poussée à faire des recherches sur le XVIIIe. Voilà comment je suis devenue dix-huitiémiste

2. Pourquoi l’époque révolutionnaire ?

J’avance lentement dans la chronologie du XVIIIe siècle. Ma thèse portait sur le conte moral de 1750 à 1789. Pour mon second projet de recherche, il m’a semblé évident de continuer à avancer dans le siècle. J’ai donc étudié le roman à l’époque révolutionnaire. Petit à petit j’arrive vers le XIXe siècle. A un certain moment je reviendrai en arrière pour recommencer à partir du début du XVIIIe siècle !

3. Sur quoi votre recherche a-t-elle dernièrement porté ?

Je viens de terminer une monographie sur le roman à l’époque révolutionnaire et en particulier le roman sentimental, apparemment non politique (la plupart des romans écrits sous la Révolution ne semblent pas, de prime abord, avoir de liens avec le climat politique du temps). Néanmoins, en utilisant la théorie critique et surtout la théorie du traumatisme - que l’on connaît assez en Angleterre en ce qui concerne les études sur l’holocauste - et en reprenant certains éléments de cette théorie, on peut tenter d’expliquer pourquoi ceux qui vivent la Terreur en particulier ont du mal à écrire leurs réactions face à l’extrémisme de la Révolution. L’ouvrage sera publié l’année prochaine par Legenda.

4. Quels sont vos projets actuels ?

Je commence un nouveau projet sur le théâtre de l’époque napoléonienne, notamment sur le mélodrame. Je m’attache plus particulièrement à Pixérécourt qui fut le grand dramaturge du début du siècle. Il a écrit des dizaines de pièces. On a tendance à généraliser lorsque l’on parle du mélodrame sans faire de distinction entre les époques (Directoire, Consulat, Empire, et Restauration). La plupart des articles et des monographies sur le sujet parlent du mélodrame sans distinguer une évolution du genre sur une trentaine d’années. J’essaie aussi d’incorporer des réflexions sur la musique qui est un autre élément clé du mélodrame souvent mis à part. Des partitions musicales existent. On a peu regardé jusqu’ici la manière dont la musique et les mots, la mise en scène, marchent ensemble. Je suis aussi poussée par le fait que l’université de Warwick dispose d’une vaste collection de pièces de théâtre (4 000 pièces des XVIIIe et XIXe siècles), dont plusieurs pièces de Pixérécourt.

5. Qu’est-ce que la collection Marandet ?

Je suis arrivée à l’université de Warwick en 1999. Dès les premiers jours je me suis rendue à la bibliothèque de l’université et j’ai discuté avec le bibliothécaire qui était responsable de la section Littérature française. Il m’a montré la collection, constituée de centaines de boîtes. Il m’a expliqué l’histoire de cette collection qui a été achetée aux enchères dans les années 1970, c’est-à-dire peu après que l’université a été créée (1968). Amédée Marandet, critique et dramaturge de la fin du XIXe siècle avait recherché et acheté une multitude de pièces. Malheureusement on sait peu de choses sur lui. La Collection Marandet comprend environ 2 000 pièces des années 1700 à 1830 et à peu près autant pour la période allant de 1830 à 1900. Cette collection est donc très importante. Nous avons de très nombreuses petites pièces, comédies en un acte, vaudevilles, un certain nombre d’ouvrages d’auteurs connus (par exemple Voltaire, Diderot, Beaumarchais, Sedaine). Néanmoins la majorité des pièces reste le fait d’auteurs secondaires. Les pièces sont brochées. Des notes apparaissent quelquefois en marge (elles peuvent avoir été écrites par le dramaturge lui-même ou par celui qui a mis en scène la pièce).

6. Qu’est-ce que le Marandet Project ?

Interview with Dr Katherine Astbury (University of Warwick, UK)
J’ai souhaité faire connaître la collection à d’autres. Avec l’avènement d’internet, est venue l’idée de faire une version numérisée de la collection afin de la rendre accessible à tout le monde. En 2005, on a numérisé les 300 pièces de la période révolutionnaire. J’avais eu la chance d’obtenir des fonds de l’université pour faire un projet avec mes étudiants. J’avais un cours sur la Révolution et l’Empire. Les étudiants ont pu m’aider à choisir un certain nombre de pièces de l’époque napoléonienne qui, selon eux, étaient les plus intéressantes. Ils ont écrit par la suite des essais sur ces pièces. Ils étaient très enthousiastes parce qu’ils avaient le sentiment de faire de la recherche « réelle » (recherche à partir de pièces originales sur nouveaux frais - puisque la plupart de celles-ci n’avaient pas jamais l’objet d’études critiques -, et préparation d’une ressource pour les chercheurs futurs en créant des versions numérisées de celles-ci). Après ces deux années, nous avons obtenu des fonds de JISC qui nous ont permis de numériser tout le reste de la collection entre 1700 et 1830. Nous avons donc maintenant plus de 1 000 pièces sur le site internet constitué d’une base de données et d’un moteur de recherche efficace. Il est en effet possible de faire une recherche par mot dans toute la collection (recherche thématique et sémantique). Par exemple si l’on souhaite savoir quelles pièces incluaient un volcan, il suffit d’entrer ce mot dans le moteur de recherche et une liste de pièces s’affichera. Nous avons pris modèle sur le « c18 Collection online » (Gale). Les textes ont été vérifiés scrupuleusement page par page par une équipe de relecteurs. Différents articles rédigés par des étudiants ont aussi été mis en ligne. En ce qui concerne le reste de la collection, un guide a été établi par Jean Emelina. J’essaie toujours de trouver des fonds pour terminer le projet et exploiter au mieux la collection. J’aimerais organiser un colloque afin de mettre en valeur celle-ci. Il reste beaucoup de travail à faire. http://www2.warwick.ac.uk/fac/arts/french/marandet/

7. Quelles sont vos collaborations avec Waddesdon Manor ?

J’ai une étudiante en doctorat qui collabore avec Waddesdon Manor - National Trust. Waddesdon Manor est un château à la française dans un paysage britannique. C’est une propriété Rothschild qui renferme une collection remarquable d’objets d’art, en particulier des livres et des meubles de l’Ancien Régime (on y trouve par exemple un bureau de Beaumarchais et un de Marie-Antoinette, des portraits de Louis XVI etc.). La bibliothèque possède quatre volumes intitulés « Les Tableaux de la Révolution française », comprenant 200 estampes et gravures de l’époque révolutionnaire. Mon étudiante et un étudiant de Queen Mary University dirigé par le Professeur Colin Jones ont fait un catalogue des 200 images qui sera inclus dans une base de données et qui sera mis en ligne au début de l’année prochaine. Les images seront quant à elles affichées sur le site de Waddesdon Manor. En ce qui me concerne, j’essaie de valoriser ce patrimoine iconographique en créant des ressources pour les écoles, les étudiants en histoire (A level ou baccalauréat international) mais aussi de lier mes intérêts sur l’époque révolutionnaire, le théâtre et le roman ensemble.

8. Quel est le sujet de thèse de votre étudiante ?

Le sujet de thèse de mon étudiante porte sur l’idée de spectacle comme par exemple le spectacle de la mort. On peut en effet voir sur les estampes des scènes de guillotine, des représentations des martyrs de la Révolution (ainsi de Marat). Ce sont donc des « tableaux » où l’on met en scène la mort. On note l’influence du théâtre et de la chanson. Il existe dans ces images un mélange de formes culturelles très intéressant. Des liens peuvent être aussi faits avec les pamphlets du temps. Les multiples références présentes dans ces images demandent donc un vrai travail de déchiffrage. Les images peuvent être interprétées de différentes manières. Elles s’adressaient probablement à des lecteurs ayant un niveau de connaissances assez élevé.

9. Quel conseil donneriez-vous aux jeunes chercheurs qui veulent se spécialiser dans le XVIIIe siècle?

On ne doit jamais oublier que les archives, les bibliothèques en France servent de base à la recherche. On ne peut pas tout faire par internet. Pour faire de la recherche sérieuse, l’essentiel reste d’aller chercher dans les manuscrits, dans les fonds, dans les archives pour trouver des détails qui permettent d’éclairer les textes ou le contexte historique.

Interview par Sabine Chaouche.

Sabine Chaouche



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